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Le blog de Clotilde Escalle

Ecriture

18 Novembre 2011 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Le premier roman, petit mongol d’écriture stagnante, avait été un échec. Mais c’était de cet avatar qu’étaient nés les autres. Et eux-mêmes n’en amenaient que de plus terribles encore, comme s’il ne pouvait y avoir ni fond ni fin dès qu’on avait trouvé le premier mot. C’était cela, la vérité : on était enchaîné et ce qui n’avait pu être qu’un jeu s’était vertigineusement transformé en un enjeu qui ne pouvait que vous conduire tout droit à la mort, vos personnages continuant de raboter en vous, même une fois assassinés d’un trait de plume. Il n’y avait pas de solution à l’écriture sinon celle de continuer et de continuer à noircir des pages, question de noyer le poisson en soi. Mais cela n’arrivait pas, ne pouvait arriver. Cela aurait été trop simple et Abel avait rapidement compris qu’il n’en allait jamais ainsi : plus on écrivait et plus on se sentait obligé d’écrire, et moins on comprenait ce qui se passait en soi et hors de soi, comme si tout finissait par se brouiller, le rêve et le réel. »

 

(Don Quichotte de la Démanche, Victor-Lévy Beaulieu, Editions Trois-Pistoles, 1998)

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