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Le blog de Clotilde Escalle

Qu'est-ce qu'une femme?

21 Mai 2013 , Rédigé par Clotilde Escalle

Qu’est-ce qu’une femme? On pourrait peut-être substituer une autre question: de quels droits une femme peut-elle se revendiquer? Et cette question-là semble toujours d’actualité, avec des perspectives plus ou moins ouvertes selon la société, le pays dans lesquels on vit. Je viens de voir un film emblématique, que toutes les jeunes femmes occidentales devraient voir, afin de prendre conscience du monde libre dans lequel elles vivent, et des acquis qu’il s’agirait de ne pas perdre. Ce film s’intitule Wadjda, c’est le premier film saoudien, réalisé de surcroît par une femme, Haifaa Al Mansour. Le propos est assez simple, une petite fille de douze ans désire avoir un vélo. Grand tabou dans une société où faire du vélo n’est pas pour les jeunes filles qui, à cause de cette pratique, ne pourront pas avoir d’enfants. Cette petite fille à l’écran n’est pas encore pubère, mais on sent la menace arriver, par les injonctions faites par la femme proviseur de couvrir son visage dans la rue. Mais Wadjda est la liberté et l’énergie mêmes, elle aura son vélo.

  

Un travail permanent d’émancipation

En filigrane est brossé un portrait de la société, où le Diable est capable de cracher sur un Coran ouvert (il faut donc vite le refermer) et où il faut fuir le regard de convoitise des hommes. Film remarquable d’art et d’essai, au parti pris esthétique, tous ces corps drapés, cette innocence, et ce désir d’en finir avec l’hypocrisie, film qui devrait donc faire réfléchir à l’état de notre société, une société qui pourrait avoir une propension à l’oubli. Nous savons que les intégrismes montent, que les ultras catholiques sont contre l’avortement, et que des figures emblématiques comme Elisabeth Badinter et Gisèle Halimi ont de quoi frémir devant la difficulté de mobilisation des femmes d’aujourd’hui. Que l’on songe à celles qui meurent tous les trois jours sous les violences conjugales, en France. C’est hallucinant. Etre femme relève d’un travail permanent d’émancipation, qui conjugue les territoires et les solidarités. A propos de vigilance et de solidarité féminines, Elisabeth Badinter m’a ouvert bien des perspectives avec son livre, L’amour en plus. Enfin elle osait dire que l’instinct maternel n’allait pas de soi. Elle a, en quelques pages, renvoyé aux oubliettes toutes ces Vierges à l’enfant que l’on donnait à voir en peinture aux femmes, comme le modèle idéal. Ayant eu une mère qui n’était pas conforme au modèle de maman, cela m’a fait un bien fou de savoir qu’une mère pouvait ne pas être aimante sans que cela fût de la faute de son enfant. L’abîme s’ouvrait alors de manière plus juste, quitte à en avoir le vertige, et la libération qui s’en est suivie m’a fait prendre langue.

Août Mariée 

Le masculin/féminin

D’ailleurs, lorsqu’on écrit, la langue est-elle féminine ou masculine? Du moins, dans ce qu’elle évoque? Pour avoir vécu dans un entourage masculin, proche de la figure paternelle, j’ai adopté cette audace frontale, celle des hommes. Je pense que le verbe peut être plus cru, certains critiques féminins me l’ont reproché d’ailleurs, comme s’il y avait une autre façon de faire, plus féminine. Il faut croire que ces personnes-là n’ont pas vécu en Orient, où être femme attise toutes sortes d’obscénités verbales, proférées comme une obsession, sur un même souffle. Au point que le corps du mâle s’impose sans cesse, il vous hante, comme entré dans votre esprit par effraction, alors que dans la rue, pour ne pas vous faire remarquer, vous vous faites plus petite, vous rasez les murs, vous attendez que ces torrents de désirs frustrés cessent, et vous rentrez bien vite chez vous, en vous demandant pourquoi il faut que les hommes vous rabaissent ainsi à un sexe, simplement un sexe. Alors l’écriture bien évidemment, comme une langue outrée, s’empare de tout cela, directement, crûment, à la façon d’une autre culture, elle rééquilibre les rôles, et depuis ce masculin/féminin, elle s’empare d’un territoire vierge, là où le mirage sexuel peut rester venin mais peut également devenir amour.

Autre petit phénomène de société, ces livres porno soft, que les braves ménagères de tous les âges (et même les jeunes filles, futures ménagères dans l’âme) s’arrachent comme des petits pains et qui sembleraient les stimuler dans l’affirmation de leur désir, en tout cas c’est la publicité que l’on en fait. J’ai feuilleté l’un d’eux: rien de bien extraordinaire, toujours cette domination masculine, et ce frisson au féminin, celui d’être dominée par un guerrier sans merci, dans la jungle de nos modes de vie standardisés. Et puis aussi parfois, ce que je comprends difficilement, les femmes se transforment en petits caniches poudrés, je me demande la raison de leurs faux ongles, de leur maquillage, de leur parfum, des talons hauts au point de ne plus pouvoir marcher, cette façon de se déhancher dans la rue, le regard perdu au loin comme si elles pouvaient n’être qu’objet de désir. Et lorsqu’elles le sont trop, et qu’elles cèdent à leurs pulsions sexuelles, les jeunes gens (et les moins jeunes d’ailleurs) les qualifient de salopes. Dans des caves, en France, dans des banlieues, il y a des tournantes, des viols collectifs, les jeunes filles qui en sont les victimes sont à jamais perdues. Au XXIe siècle, en Occident. Bien évidemment, je ne parle pas de sociétés reculées où les femmes n’ont pas le droit d’aller à l’hôpital. Il faut donc continuer à retrousser ses manches, il y a encore beaucoup à faire…

(article paru dans le Kulturissimo, mars 2013)

 

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