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Le blog de Clotilde Escalle
Articles récents

Août

8 Août 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

C’est au mois d’août que les mariées sont étrangement lyriques et sensuelles, en appellent aux nuits de pleine lune, et courent la campagne à moitié nues.

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Un pays mythique

19 Juillet 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

Depuis mon été à l’abri de la chaleur et des touristes, j’ouvre un espace fait de multitudes d’endroits où j’aimerais plus que jamais être. Il me suffit d’y penser pour savoir que jamais je ne me départirai d’Arles, ma mythologie personnelle, ancrée dans le passé et qui pourtant me revient par vagues, pour cette jeunesse insolente, ces amours d’autrefois, ce rêve d’une maison dans le silence de la Camargue et ses moustiques – des moustiques souhaités vivement, qui ont pour fonction d’ignorer les adorateurs de cette terre et de pourchasser les hordes de voyageurs pressés par leur appareil photo. Il y a Arles pour ses vestiges romains, qui viennent prendre place de façon si tranquille dans le quotidien, il y a Arles pour ce mélange subtil des populations, où les gitans ont une place. Dans ce Sud si farouchement et durement ancré à droite, si ce n’est à l’extrême de sa droite, il y a Arles pour cette envie d’égalité, qui fait que les enfants d’immigrés sont Français. Il y a Arles pour les longues déambulations dans les quartiers populaires, le Rhône, et les éclipses de sens – simplement marcher et regarder… Depuis Paris, je porte cette ville en moi, je sais que j’y retournerai, pour les paysages quasi intacts qu’a peints Van Gogh, et cette plage aux accents de désert, qui ne se gagne pas aussi facilement – marcher, marcher sur les sentiers, avec la peur de croiser un taureau qui divaguerait, pour aller au bout de l’horizon, l’esprit au grand large. Voilà un endroit de vacances tout indiqué.  

 

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Puis il y a la Bourgogne, mais il pourrait y avoir le Québec aussi, vous voyez comme nous sommes vastes, tant d’endroits à aimer. Le Québec, ce sera pour une autre fois, la chaleur, la convivialité des Québécois, et aujourd’hui Montréal réveillée, engagée, cette joie de la solidarité plus que jamais. Montréal et le Saint-Laurent, aussi vaste que la mer, ses eaux tourbillonnantes et cette vie qui se fait printemps d’érable.    

 

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Mais les vacances, pour moi du moins, cela signifie retrouver cette langue de terre vide, cet espace un peu au-delà des choses, où enfin dans le silence, à bonne distance des tracasseries du quotidien, on reprend l’ampleur d’être soi, debout, respiration apaisée, sans désir aucun que celui de tenir entre ciel et terre, dans une harmonie si rare aujourd’hui… Car le monde pèse de sa folle rumeur… La Bourgogne, donc, là où Internet passe difficilement, où les collines caressent le regard, où les maisons, centenaires, semblent sortir de la terre argileuse, semblent avoir pris forme pour se grouper en petits villages au milieu de nulle part, où vaches et veaux viennent vous regarder par-dessus les haies du jardin comme si vous étiez décidément des bêtes curieuses. Où la vie s’écoule, moins chère en euros, pour des gens qui, dans ces mêmes villages, ont converti les euros en troc : je te coiffe gratis et tu répares le robinet qui goutte. La centenaire du village se promène, pendant qu’un vieil homme taille une figurine dans le bois, comme ça, pour passer le temps. La chouette hulule, c’est bien connu, la nuit est bien noire, le silence absolu : quel privilège! Et les nuits de pleine lune, je m’avance sur cette campagne, je la contemple comme si j’étais tout droit sortie de ce rêve de vacances, fait de si peu et de tant à la fois. Une ville, ou plutôt deux, me plaisent beaucoup: La Charité-sur-Loire et Nevers. La Charité-sur-Loire pour ses bouquinistes qui défient le numérique, les chats dans les vitrines, les citations offertes sur les vitrines des magasins, puisqu’il s’agit de la ville du livre, et son fleuve: il faut toujours de l’eau pour apaiser les esprits. Réserve de castors, nids d’oiseaux à même le sol, pont roman, architecture et concerts baroques, la Bourgogne est un lieu d’apaisement. Et Nevers, où Alain Resnais tourna ,,Hiroshima mon amour“. Oui, il y a même une rue Marguerite Duras, dans cette ville blanche, comme si nous étions déjà à la lumière du Sud. Finalement, nous sommes également faits de la géographie des autres, de leurs désirs de lieux, investis de leurs passions. Des bonbons au caramel en bouche, comme une enfant, je marche. Là encore, ce sont de longues promenades dans la ville, pour en épuiser la topographie. Puis, échappée vers la campagne…

(extrait des Chroniques Parisiennes, article paru dans Kulturissimo, juillet 2012)

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Lent retour

10 Juillet 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DRCela fuit, c'est une question d'espace, de volonté de l'atteindre, d'impossibilité, de résignation. Il est toujours question de cet espace entre deux terres, deux rives improbables, d'autres façons de vivre, et de cette envie toujours de prendre ses jambes à son cou, de se cacher du soleil, de l'existence même, celle que l'on voudrait mener et qui semble si grande, si folle, si, si... Et puis dans l'avion, vents et nuages contre la carlingue, sous le regard un peu las du personnel, duty free, duty free, on reprend pied, dans la boîte perchée dans le vide, au milieu des trois cents corps qui attendent, les yeux rivés sur la télé miniature, chacun la sienne, des milliers d'images pour oublier l'immense silence, là, dans le ciel.

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Vacances

20 Juin 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

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Si vous pouviez surveiller la maison pendant les vacances, passer voir si vous ne remarquez rien d’insolite, ce serait gentil de votre part. Nous partons pour une quinzaine de jours. J’espère que cela ne vous dérangera pas trop. En promenant votre chien, par exemple, vous pourriez pousser la balade jusqu’à chez nous… Merci. Nous vous enverrons une carte postale, avec un beau timbre. Encore merci !
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Signature OFF

20 Mai 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

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J’aurai le grand plaisir de vous accueillir pour la lecture et la signature de mon roman, OFF, paru aux Editions Pierre-Guillaume de Roux, le mardi 19 juin à 19h, à la librairie Delamain (155, rue Saint Honoré, Paris 1er, Métro Palais-Royal).

 

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Evidence

16 Mai 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Si Balzac, si Stendhal, Zola ou même Faulkner ont, avant de se mettre à écrire, une idée ou des idées à communiquer (à « exprimer » comme l’on dit) sur le sens de la vie, le monde, la société, pour moi, écrire, c’est seulement chercher par et dans cette langue qui me constitue en tant qu’être parlant et pensant, comment s’associent les éléments apparemment dispersés de ce magma d’émotions, de sensations et de souvenirs qui me constituent en tant qu’être sensible et dont, curieusement, deux auteurs aussi différents que Flaubert et Tolstoï parlent en termes à peu près semblables, c’est-à-dire que toutes ces remémorations, pensées et sensations se présentent à la fois, « en nombre incalculable » (Tolstoï) et par « fragments détachés » formant des combinaisons (Flaubert).

(Quatre conférences, Claude Simon, Editions de Minuit, 2012)

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Rouge bonheur

20 Avril 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

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L’un de mes romans, Off, paraît ces jours-ci. Mon carnet d’adresses n’est pas celui d’une mondaine (je n’ai jamais aimé les cocktails) et Beckett sur mon épaule, en ange gardien (pas pire !), m’encourage à me remettre à l’ouvrage. Dire surtout qu’il n’y a pas autre chose, fondamentalement, que l’écriture, et la couleur rouge, dans ce printemps aux insectes déchaînés, aux coccinelles au fond des toilettes et partout sur les vitres, dire ce je ne sais quoi, qui fait les nuits de pleine lune plus profondes, cette folie de l’écriture, l’abîme d’être soi… avec de grandes ailes s’il vous plaît et une belle piste d’atterrissage… Oui, pourquoi pas.

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Eloge de l'intervalle

22 Mars 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

L’exposition Matisse (Paires et Séries, Centre Pompidou), offrant des techniques différentes pour un même point de vue présenté en deux toiles côte à côte, est un vertige si l’on pense à l’intervalle entre ces deux toiles, à l’espace qu’un tel procédé d’investigation propose, pour les séries également qui décomposent sans jamais la fixer toute une procédure et laissent dans la mémoire un espace mental jamais clos - une mémoire d’autre chose - élaboré à partir des peintures présentées. Comme si à travers ce palimpseste, opérait le vaste champ des possibles, un imaginaire convoqué, des plus personnels, qui permettrait alors d’incarner davantage, de s’approprier encore plus les peintures admirées.

Convoquer le monde

La question est ardue, mais elle mérite d’être posée, tant la rémanence rétinienne de ce qui n’existe pas, d’une toile absolument fantôme, continue de me hanter, jouant de sa présence/absence autour des pivots que constituent les toiles de Matisse. Le lien mental opère donc comme jamais, si je considère, en plus du fait que les toiles ainsi présentées sont des œuvres à part entière, qu’il y a dans cette représentation du sensible un art du fragment, comme il en va de toute façon de toute œuvre, dès lors qu’elle ne prétend pas enfermer, raconter une histoire close sur elle-même, mais convoquer le monde, son immensité, par éclats successifs. La littérature agit de la même façon, du moins celle que j’aime. Frédéric Beigbeder, interviewé sur une radio française, a eu ce propos affligeant de banalité : j’écris des histoires, car en France on les aime. Propos à la volée, à peine pensé, du moins l’espère-t-on. Car des histoires, en ce moment, on en regorge. Littérature et cinéma proposent des quantités invraisemblables de petites histoires qui illustrent la vie sociale, le fait divers, la grande histoire, avec ce consensus de la langue et des techniques qui mettent à mal l’art. Cet art où l’on devrait sentir, derrière les murs, les couleurs, les mots, sous nos pieds, la force de l’abîme. Cet abîme ne peut survenir que dans une recherche presque inconsciente d’un ailleurs, d’un infini, d’un au-delà du miroir. L’histoire cantonne, nous confine au déjà vu, déjà su. Alors que la description, la présence d’un personnage que rien ou si peu ne justifierait, qui serait comme une impasse, mais qui par sa présence donnerait la perspective d’un intervalle, d’un espace vierge, là où plus rien à l’image, dans le récit, sur la toile, ne bavarde, où tout est porté à l’essentiel d’un équilibre qui n’est en quelque sorte qu’une tension un court instant suspendue, tout cela ouvre un endroit cher à l’artiste, qui cherche à chaque fois son envol dans des cieux blancs et vierges. Faire taire le bavardage, le loisir, qui ont certes la vertu de la distraction. Pour en revenir à cet intervalle, je le recherche plus que tout. Il est la respiration même de l’œuvre, le lieu secret imprimé dans nos inconscients comme la preuve durable de notre humanité, si l’on pressent cette humanité comme quelque chose d’assez sublime qui nous dépasse.

 (extrait de l’un de mes articles, à paraître dans le Kulturissimo d’avril 2012)

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Des cochons sur des patinoires

23 Février 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

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Il fait gris et les morts me manquent, un en particulier, mais nous sommes si bien faits qu’ils s’accumulent par strates en nous. Magnifique alors de vieillir; il suffit de s’endormir pour y rêver, et le jour de sentir le manque en creux. Magnifique alors de veiller, car nous opposons à leur sagesse la folie (dans le meilleur des cas) des vivants, leur mesquinerie, leur idiotie, leur cupidité. Nous leur donnons, nous leur faisons crédit, aux morts, tandis que tout s’agite ici et que la colère ou la tristesse nous étreignent. Nous leur disons – et particulièrement, pour ma part, à l’un d’eux, récemment disparu – nous leur disons combien l’énigme est toujours aussi grande, sous les étoiles, malgré les météores qui tombent et les antennes et les satellites qui surgissent. Nous sommes faits d’énergie, leur disons-nous. Nous bougeons, nous nous agitons dans tous les sens. Nous faisons beaucoup de mouvements pour rien. Nous approchons des élections, nous vivons internet et ses faits divers, nous oublions pour mieux nous rappeler, à moins que ce ne soit l’inverse, nous fuyons le brouhaha. Oh, regarde, ce lettrisme, comme il est démodé. Et puis regarde, cette boucherie, on l’a fermée. Les villages se meurent, que voulez-vous… Mais il y aura toujours des cochons sur des patinoires…

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Matisse dans un fauteuil

7 Février 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Ce que je rêve, c’est un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l’homme d’affaires aussi bien que pour l’artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d’analogue à un bon fauteuil qui le délasse de ses fatigues physiques. »

 

(« Notes d’un peintre », Henri Matisse, Editions Centre Pompidou, janvier 2012)

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