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Le blog de Clotilde Escalle
Articles récents

Sensations

8 Décembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DRElle y revient, encore une fois, elle y croit, aux paysages, collines et cieux rien que pour elle, et cette envie de marcher, bras tête jambes jetés en avant : elle dévore tout du décor.

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"Consolation de la Philosophie"

26 Novembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« N’espère rien, n’aie peur de rien

Et tu désarmeras ton adversaire.

Quand on est agité par la crainte ou l’espoir,

Faute d’être calme et de se contrôler

On lâche son bouclier, on abandonne son poste

Et on resserre le lien qui sert à nous traîner. »

 

(Consolation de la Philosophie, Boèce, Petite Bibliothèque Rivages, 1989)

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Des horizons multiples

10 Novembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

Parler littérature, la lire, en faire un retour de lecture intelligent, subtil, éclairé, n’est pas chose facile de nos jours. Ecrire relève d’une gageure, d’un pari risqué. D’aucuns me rétorqueront que écrire et lire ont toujours été des actes de résistance, que la réception d’un texte a toujours été difficile, souvent l’objet d’un cercle restreint, d’une élite. Voilà, le mot est jeté: „élite“. Cela suppose une habitude de la lecture, des références, une envie d’être surpris, un désir de sublimation. Tout cela nous éloigne effectivement de notre esprit moutonnier des rentrées littéraires, du dernier roman à lire, de la communication. Souvent on m’a demandé, comme si c’était possible en quelques minutes de le faire: „qu’est-ce que vous diriez de votre roman? Pour faire court, résumez-le moi“.

 

DR

 

 

La littérature est apatride

Une libraire me disait dernièrement que les enfants et les jeunes gens lisent moins car, avec tous les moyens de distraction dont ils disposent aujourd’hui, lire équivaudrait à se retirer un temps du monde, et de cela ils se privent sous peine d’exclusion de leurs groupes d’amis. C’est vrai que la lecture suppose cet abandon momentané du monde, pour entrer dans l’élaboration d’un univers complexe, et que lire peut aussi avoir affaire avec l’ennui. Tout ce qui semble nous être interdit, à une époque de zapping outré.

Pour écrire, publier, et vivre à Paris, tout en désirant préserver ma solitude, pour vivre donc en France, je sais combien il est difficile d’être un peu de nulle part. Et là où la littérature voudrait une déterritorialisation, un univers dont il faudrait découvrir les règles, il est de bon ton de cataloguer tel ou tel type de roman – autofiction notamment qui surfe dans les bons vents – tel type d’auteur ou une écriture supposée difficile, difficulté soit dit en passant due souvent au nombre de personnages, à un récit non linéaire. La littérature exige, en un certain sens, d’être apatride. Et pourtant, on aime aussi cataloguer les auteurs. Dans mon cas, du moins en France, ce n’est pas chose aisée. Il est difficile pour autrui de comprendre d’où je viens. Je suis française, certes, mais je suis née au Maroc, après le Protectorat. Je ne suis pas véritablement pied-noir, je ne me revendique pas comme telle. Et puis j’ai vécu longtemps en Espagne, au point que l’espagnol devienne une sorte de langue maternelle. Puis je suis arrivée, à l’âge de vingt-quatre ans, approximativement, en France. La France est donc un territoire d’élection. Lorsque j’y suis arrivée, en 1981, l’esprit de liberté qui y régnait m’avait fascinée.

 

Une multitude de paysages

Eh bien, quelques trente années plus tard, bien que me sentant française, avec une réception plutôt correcte de mes romans, je dois constater que l’on n’a pas encore compris – ce que j’ignore moi-même d’ailleurs en partie – la particularité de mon écriture. On a pu me reprocher d’être trop frontale, crue, dans la transgression (ce que doit être à mon sens la littérature), mais si l’on vit au Maroc, en tant que jeune femme, on est sans cesse confrontée au désir des hommes, à leurs obscénités, à ce mirage d’une sexualité qui fait peur. On m’a dit aussi que le corps dans mon écriture était sans poésie. Evidemment, mon père étant médecin au Maroc, j’ai pu voir ce que d’aucuns ne verraient dans un pays avancé, lèpre, choléra, misères au dernier stade. On m’a dit que j’avais une écriture plutôt masculine… On dit tellement de choses. Autre point, qu’il plaise ou non: au Maroc nous étions élevés dans la fascination de l’Amérique. Les voitures étaient américaines, les films américains, les paysages alentour pouvaient s’apparenter à ceux de l’Amérique. De même, l’Espagne d’alors et ses plaines sèches me donnaient des étendues à perdre le souffle, où misère, violence et grandeur, dans une outrance de paroles et de gestes, avaient un certain panache, un côté extraverti. Tout cela, et bien d’autres événements et géographies, font de mon écriture un monde rebelle à une analyse purement française, avec ses critères. J’ai l’impression alors de venir d’un continent si éloigné, que je porte mon identité française comme une entrave. C’est d’un mélange subtil de nombreux paysages que je suis faite. Et sans vouloir plonger dans l’autofiction, si je ne rentre pas dans le moule d’une certaine littérature française, je me demande quelle réception l’on peut avoir de mon travail. A une certaine époque, à la suite d’un malentendu, à la parution de l’un de mes romans, la presse m’avait rangée dans le camp des Christine Angot. Je n’ai absolument rien contre Christine Angot, nous n’avons simplement pas la même façon de procéder. Sur le conseil de mon éditeur, malgré mes réticences, j’ai surfé un temps sur ce malentendu, allant sur les chaînes de radio et de télé expliquer combien le malentendu était grand. Peu importe, cela faisait vendre. Ainsi, nous voulons toujours du spectaculaire. Aujourd’hui, la réception de la littérature se fait de plus en plus difficile, dans un monde où les éditeurs eux-mêmes sont licenciés et n’ont plus la faculté d’accompagner leurs auteurs dans ce long cheminement qu’est la littérature. Je connais nombre d’éditeurs qui souffrent de ne plus représenter leurs auteurs. J’en connais de courageux, qui bravent les tempêtes. Mais peut-être cela a-t-il toujours été ainsi…


 (article paru dans le Kulturissimo de novembre 2012, www.kulturissimo.lu)

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Signature de mon roman, Off, au Millefeuille

17 Octobre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DR

 

Si vous avez l’occasion de passer par Clamecy, une ville qui m’est chère par sa beauté et la qualité de son accueil, une lecture et signature de mon dernier roman, Off (éditions Pierre-Guillaume de Roux), ainsi qu’une rencontre, auront lieu le samedi 3 novembre, à partir de 18h, à la librairie le Millefeuille (22 rue du Grand Marché, 03 86 24 41 18).  

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Un jour

28 Septembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« un jour nous reprendrons la route ensemble et je nous voyais les rideaux s’écartaient un instant quelque chose là qui ne va pas et je nous entrevoyais tout ça avant le petit air oh bien avant qui nous aidions mutuellement à avancer tombions de concert et attendions dans nos bras le moment de repartir »

(Comment c’est, Samuel Beckett, Éditions de Minuit, 1975)

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Petit bouquet

19 Septembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DRCes fleurs sont pour toi. Des roses du jardin. Tu ne peux pas les piétiner, ni même les jeter par la fenêtre. Je les pose sur tes cendres, en même temps que mon amour. Tu n’as pas le choix. Je peux enfin te les offrir. Des fleurs toutes simples, aussi odorantes que ta chair, colorées comme ta bouche. Je les pose tout contre toi, ma mère. Non, ni les piétiner, ni même les jeter par la fenêtre. Eh oui, tu as été un peu dure avec moi. Eh oui, nous avons eu nos batailles. Ces fleurs en signe de paix, enfin, peut-être, je ne sais pas, le mieux serait…

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Des mots et de l'amour

8 Septembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Pourquoi faut-il que le monde se fonde toujours sur le monde de l’activité industrieuse que produit la corporalité ? Cette activité ne représente jamais au mieux que le monde matériel, qui pour moi est le monde des matières, matières textiles qui peuvent épouser n’importe quel corps, et si étroitement qu’on a l’impression que la matière se confond avec le corps. Mais ce sont les amants qui sont le monde. Désolée, ça m’est venu comme ça. Ce que je dis, ici, c’est : je suis tellement heureuse que les mots me manquent. Voilà. Je suis excusée. Mais c’est justement pour ça, c’est précisément parce que tout me manque lorsque les mots me manquent, que je voulais au moins trouver l’amour puisqu’il y en avait encore en rayon. S’ils les ont tous eus, les autres, tous les mots inconvenants encore à venir, je les veux aussi, moi, tiens ! Pourquoi est-ce que je serais moins bien servie ? Désolée, mais actuellement les mots sont épuisés. Prenez des valeurs à la place ! Nous en avons en stock. Ah non, des valeurs, surtout pas ! Mais l’amour, oui, je prends, l’amour vous me l’emballez tout de suite ! Depuis le temps que je poireaute moi aussi devant les rayonnages. J’y ai droit. »

(Animaux, Elfriede Jelinek, Editions Verdier, mars 2012)

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Août

8 Août 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

C’est au mois d’août que les mariées sont étrangement lyriques et sensuelles, en appellent aux nuits de pleine lune, et courent la campagne à moitié nues.

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Un pays mythique

19 Juillet 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

Depuis mon été à l’abri de la chaleur et des touristes, j’ouvre un espace fait de multitudes d’endroits où j’aimerais plus que jamais être. Il me suffit d’y penser pour savoir que jamais je ne me départirai d’Arles, ma mythologie personnelle, ancrée dans le passé et qui pourtant me revient par vagues, pour cette jeunesse insolente, ces amours d’autrefois, ce rêve d’une maison dans le silence de la Camargue et ses moustiques – des moustiques souhaités vivement, qui ont pour fonction d’ignorer les adorateurs de cette terre et de pourchasser les hordes de voyageurs pressés par leur appareil photo. Il y a Arles pour ses vestiges romains, qui viennent prendre place de façon si tranquille dans le quotidien, il y a Arles pour ce mélange subtil des populations, où les gitans ont une place. Dans ce Sud si farouchement et durement ancré à droite, si ce n’est à l’extrême de sa droite, il y a Arles pour cette envie d’égalité, qui fait que les enfants d’immigrés sont Français. Il y a Arles pour les longues déambulations dans les quartiers populaires, le Rhône, et les éclipses de sens – simplement marcher et regarder… Depuis Paris, je porte cette ville en moi, je sais que j’y retournerai, pour les paysages quasi intacts qu’a peints Van Gogh, et cette plage aux accents de désert, qui ne se gagne pas aussi facilement – marcher, marcher sur les sentiers, avec la peur de croiser un taureau qui divaguerait, pour aller au bout de l’horizon, l’esprit au grand large. Voilà un endroit de vacances tout indiqué.  

 

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Puis il y a la Bourgogne, mais il pourrait y avoir le Québec aussi, vous voyez comme nous sommes vastes, tant d’endroits à aimer. Le Québec, ce sera pour une autre fois, la chaleur, la convivialité des Québécois, et aujourd’hui Montréal réveillée, engagée, cette joie de la solidarité plus que jamais. Montréal et le Saint-Laurent, aussi vaste que la mer, ses eaux tourbillonnantes et cette vie qui se fait printemps d’érable.    

 

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Mais les vacances, pour moi du moins, cela signifie retrouver cette langue de terre vide, cet espace un peu au-delà des choses, où enfin dans le silence, à bonne distance des tracasseries du quotidien, on reprend l’ampleur d’être soi, debout, respiration apaisée, sans désir aucun que celui de tenir entre ciel et terre, dans une harmonie si rare aujourd’hui… Car le monde pèse de sa folle rumeur… La Bourgogne, donc, là où Internet passe difficilement, où les collines caressent le regard, où les maisons, centenaires, semblent sortir de la terre argileuse, semblent avoir pris forme pour se grouper en petits villages au milieu de nulle part, où vaches et veaux viennent vous regarder par-dessus les haies du jardin comme si vous étiez décidément des bêtes curieuses. Où la vie s’écoule, moins chère en euros, pour des gens qui, dans ces mêmes villages, ont converti les euros en troc : je te coiffe gratis et tu répares le robinet qui goutte. La centenaire du village se promène, pendant qu’un vieil homme taille une figurine dans le bois, comme ça, pour passer le temps. La chouette hulule, c’est bien connu, la nuit est bien noire, le silence absolu : quel privilège! Et les nuits de pleine lune, je m’avance sur cette campagne, je la contemple comme si j’étais tout droit sortie de ce rêve de vacances, fait de si peu et de tant à la fois. Une ville, ou plutôt deux, me plaisent beaucoup: La Charité-sur-Loire et Nevers. La Charité-sur-Loire pour ses bouquinistes qui défient le numérique, les chats dans les vitrines, les citations offertes sur les vitrines des magasins, puisqu’il s’agit de la ville du livre, et son fleuve: il faut toujours de l’eau pour apaiser les esprits. Réserve de castors, nids d’oiseaux à même le sol, pont roman, architecture et concerts baroques, la Bourgogne est un lieu d’apaisement. Et Nevers, où Alain Resnais tourna ,,Hiroshima mon amour“. Oui, il y a même une rue Marguerite Duras, dans cette ville blanche, comme si nous étions déjà à la lumière du Sud. Finalement, nous sommes également faits de la géographie des autres, de leurs désirs de lieux, investis de leurs passions. Des bonbons au caramel en bouche, comme une enfant, je marche. Là encore, ce sont de longues promenades dans la ville, pour en épuiser la topographie. Puis, échappée vers la campagne…

(extrait des Chroniques Parisiennes, article paru dans Kulturissimo, juillet 2012)

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Lent retour

10 Juillet 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DRCela fuit, c'est une question d'espace, de volonté de l'atteindre, d'impossibilité, de résignation. Il est toujours question de cet espace entre deux terres, deux rives improbables, d'autres façons de vivre, et de cette envie toujours de prendre ses jambes à son cou, de se cacher du soleil, de l'existence même, celle que l'on voudrait mener et qui semble si grande, si folle, si, si... Et puis dans l'avion, vents et nuages contre la carlingue, sous le regard un peu las du personnel, duty free, duty free, on reprend pied, dans la boîte perchée dans le vide, au milieu des trois cents corps qui attendent, les yeux rivés sur la télé miniature, chacun la sienne, des milliers d'images pour oublier l'immense silence, là, dans le ciel.

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