Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Clotilde Escalle
Articles récents

Le temps des contes

28 Avril 2020 , Rédigé par Clotilde Escalle

Quand j’étais petite, tu me racontais des histoires avant de dormir. Ce soir-là, nous étions en Espagne, c’était l’été, il faisait chaud, je devais avoir un maillot de corps et une culotte de coton. Je te regardais, penché au-dessus de moi, avec ce sourire amusé que tu affichais chaque fois que, délicieusement, tu t’apprêtais à me faire peur et que, tout aussi délicieusement, je venais me blottir contre toi. Tu me parlais du loup qui mangeait les petites filles. Tu savais très bien imiter le loup, tu écarquillais les yeux, découvrais les dents, et le cri que tu poussais – toute la maisonnée était calme – ressemblait, tellement j’avais d’imagination, au plus épouvantable hurlement qui aurait déchiré la nuit dans l’une des forêts du Grand Nord. Ce soir-là, je m’en souviens encore, voulant accorder à ma vision la grâce incontestée d’une réalité de fillette, j’ai vu un loup, à travers la vitre de la fenêtre, de dos, marcher, comme toi et moi, au bord de la mer. Il était habillé de rouge, et je crois qu’il s’agissait d’un rêve, car, malgré la nuit, je le voyais très précisément. En outre, je n’avais pas peur. Ce loup, tu l’as si bien fait exister que, à mon tour, auprès des petites filles, j’écarquille les yeux et je pousse des hurlements. Les petites filles frissonnent de terreur tout autant que moi, jadis, et me demandent, passé leur émoi, de continuer à faire le loup. Il revient les hanter, la nuit, comme un personnage familier des contes, qu’elles auraient appris à aimer, à approcher de leurs mains tremblantes et pourtant avides de caresses.

 

(Extrait de Petit Zéphyr, inédit)

 

Lire la suite

Rêver

4 Février 2020 , Rédigé par Clotilde Escalle

Forcément, parmi les livres, il fallait un portrait de la mère et l'enfant, même en médaillon, et dans les titres, le mot « chérie ». Elle y voyait le signe d'une réparation, d'un semblant de justice. Ensuite elle s'extasiait devant n'importe quoi sur les étals. Emplissait la maison de photos anciennes, d'inconnus, en noir et blanc. Parfois elle se réveillait la nuit en se disant, il faut que j'aille voir mon père. Les temps se mélangeaient. Et parfois aussi, mon Dieu, mais j'ai une sœur. Où est-elle? Puis elle se rendormait et tentait de la retrouver au fond d'un porte-monnaie.

Lire la suite

Famille

30 Novembre 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il en fallait pourtant, de ces jours rances, famille venimeuse, soupière du dimanche et gâteau à la crème. C'était ça ou la chasse. Et parfois une marche pour rien, pour se défaire du chagrin. Il fallait ce genre de famille, ces journées difficiles, pour avoir le courage de fuir. Le besoin d'un élan, d'une caresse, l'idée d'y mettre le visage entier, dans la soupière, et de le leur offrir.

Lire la suite

Pays

9 Octobre 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Le velours des collines, auquel répond le dos duveteux des vaches. On les voudrait là pour toujours au lieu de l’abattoir. Au loin une ferme et sa dépendance au toit de tuiles écroulé, les arbres ont poussé là-dedans, éden minuscule enserré de murs épais, où se lovent vipères et couleuvres. Toujours un souffle frais, de l’herbe à laquelle accrocher le regard, l’orée d’un bois, l’eau de la source. Puis remonter vers les champs paillés, revenir lentement, en épousant les courbes du chemin, jusqu’à la maison, se retourner, emporter les étangs et le colza, jaune acide qui pique les yeux, le maïs et ses corbeaux, le cri des outardes, le soleil couchant crevant les nuages d’un rouge fuchsia insensé. Encore une fois. Les collines courent au plus loin du regard. Repérer la présence furtive d’un renard, un passage aussi bref qu’une hallucination. Peupliers mangés par le gui. Allons au bord du ruisseau échanger des baisers. De tendres baisers, comme dirait la chanson.

Puis les étoiles filantes. La nuit emplit la bouche de ses sorts, pleine lune, cils coupés, la mort souhaitée des uns et des autres, de la vengeance à petits moyens. De tout temps des poupées aux têtes bourrées d’épingles, comme si l’on pouvait hâter les destinées.

Étés trop chauds et hivers neigeux. Mais ça dure, c’est l’essentiel.

Lire la suite

Fuite

28 Septembre 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Un rêve infini, des photos dans des malles, et cette promesse de mariage, éduquée depuis toute petite, tenir un landau, aimer, coudre, réparer, surtout réparer, supporter, attendre depuis l’enfance que les mots cessent et que les jambes se dégourdissent, un paysage à dévorer, enfuies, elle et ses poupées. On les a retrouvées. 

Lire la suite

Cadeau !

22 Août 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il y a quelque chose d’insupportable dans sa façon de faire. Il la met à disposition. Lui fait éprouver un étrange sentiment de culpabilité, à mots couverts, une rumeur de couple, qui la plonge dans l’abîme. Il a l’air doux, c’est un tyran. Toutes ces choses que les femmes ne disent pas.

Et voilà le cadeau qu’elle lui fera, en guise d’adieu, on ne peut plus approprié, une tête sans cervelle et à grosse bouche, une belle coquille à manipuler sans précaution.

Combien la tête ?

5 €, parce que c’est la fin, on remballe.

Très bien, je la prends.

Lire la suite

Téléphonie

7 Août 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les appareils sophistiqués apparaissaient dans les films comme les témoins d’une époque formidablement moderne. Vastes machines à remonter le temps, naguère jadis, pas un clou aujourd’hui, les télégrammes non plus n’existent plus.

Lire la suite

Le silence en apnée

18 Juin 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il est des lieux où l'on s'accorde comme une évidence, avec ce tremblement de l'image nécessaire à l'instant suspendu. Un ermitage, trois moines cachés et une chapelle déserte, le silence en apnée.

Lire la suite

Fausses victoires

14 Mars 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les méchants l’emportent toujours, mais la morale veut qu’ils aient un goût de mort dans la bouche.

Lire la suite

En attendant le touriste

9 Février 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Au début, je les trouvais belles, ces boutiques abandonnées, vestiges d'une époque, le souvenir en palimpseste. Puis le temps a passé et elles se sont dégradées davantage. Au centre d'une ville déserte, elles s'enfouissent dans la crasse et la mémoire. La crise s'en est emparé, les creusant d'un vide de rien du tout, tandis qu'un peu plus loin, sur le trottoir, on restaure église et cloître, dans l'attente du touriste.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>