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Le blog de Clotilde Escalle

Articles récents

Le silence en apnée

18 Juin 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il est des lieux où l'on s'accorde comme une évidence, avec ce tremblement de l'image nécessaire à l'instant suspendu. Un ermitage, trois moines cachés et une chapelle déserte, le silence en apnée.

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Fausses victoires

14 Mars 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les méchants l’emportent toujours, mais la morale veut qu’ils aient un goût de mort dans la bouche.

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En attendant le touriste

9 Février 2019 , Rédigé par Clotilde Escalle

Au début, je les trouvais belles, ces boutiques abandonnées, vestiges d'une époque, le souvenir en palimpseste. Puis le temps a passé et elles se sont dégradées davantage. Au centre d'une ville déserte, elles s'enfouissent dans la crasse et la mémoire. La crise s'en est emparé, les creusant d'un vide de rien du tout, tandis qu'un peu plus loin, sur le trottoir, on restaure église et cloître, dans l'attente du touriste.

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Chapelles

22 Décembre 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

Des rosaces qui fondent sous la langue. Des fêtes de fin d’année comme autant de mirages au fin fond de la campagne. La maison repliée sur elle-même, la rumeur folle du miracle, d’une beauté enfin à sa portée. Et ça clignote…

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Vide-pensée

30 Septembre 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il fallait un vide-grenier, comme un vide-pensée, de la misère en vente, du goût formaté. Plus de pièces de collection, mais des produits Ikea pour quelques euros, et des trophées de bêtes, de "l'art loisir". On ne cherche plus la bonne affaire. On attend simplement que le temps passe dans un faux accent de convivialité, dont on a désormais le secret. Et pour finir, un ou deux étals, comme autant d'intérieurs modestes à fouiller d'un regard distrait.

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Mon père

16 Septembre 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il fallait bien un vieux roi, pour ce royaume de folie. Un sage mutique, à la couronne de papier. Mon père, qui figure ici, depuis ses années profondes, ses espaces pliés. La beauté de ce visage et des grandes mains, d'une gourmandise encore de mise... Là où plus rien que l'inquiétude et le temps qui se défait... Et lui, peuplant mes rêves de son affection lointaine. A qui je parle encore, comme s'il était là, comme s'il me garantissait quelques retrouvailles, au bord de la mer, lors d'une longue marche. Toujours là, de son empreinte façonnant mon enfance, comme un lieu rêvé, magique. Il est l'initiateur des grands rites. Il est celui devant qui l'on se prosterne, image sur l'autel des ancêtres.

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Mirage

27 Juillet 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

L'été est un poison lent, une façon de venir à bout des désirs, et elle ne sait de quels autres vœux qui d'habitude font croire au Père Noël ou à la mansuétude des gens. L'été et sa lumière sont de puissants révélateurs. Elle s'en tient, autant que faire se peut, à l'écart. Écriture et lecture, Mars et la lune, hérissons et pics-verts. Et elle, debout, pivot autour duquel faire tourner le paysage. On ne la voit guère que le soir...

(détail d’une peinture d’Anne Tastemain, DR)

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Un voeu

9 Juin 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il en fallait bien un. Un vœu qui vaille la peine. Qui donnerait aux tourments des allures de mirage. Qui ferait taire le ressassement. Qui ferait oublier la mort des bêtes et des hommes. Comme une respiration ténue, subtile, légère. Quelque chose qui bruisserait à peine et prendrait son envol. Là où les nuages, dit-elle... où les nuages... Toujours le sens de l'image facile. Nuages, arbres, vent. Le décor à jamais. Et un bout de ficelle pour tenir, s'attacher à quelque chose. Pas une grosse corde à laquelle se pendre, et si l'arbre n'est pas assez haut, finir ça à genoux, dans un élan - est-ce seulement possible? Un petit vœu de rien du tout, une comptine, un rire. Ça la poursuit. Ça ne la lâchera jamais. Au temps des premiers fruits du printemps, ce vœu presque pieux... d'être une autre.

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Petit Zéphyr

4 Avril 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

Le corps monte jusqu’au plafond en faisant une torsade. Puis il s’accroche au lustre, rampe jusqu’à la fenêtre. Les mains jettent leurs crampons à droite, à gauche, le menton s’enfonce dans l’épaisseur des rideaux, les yeux roulent et se révulsent.

La lumière a baissé, à cause du voile inopiné que fait le corps contre l’ampoule.

Il semble partout dans la chambre, contre les murs et les tentures. Mais il ne s’aventure pas au-dehors, ni par la fenêtre ouverte, ni par la porte donnant sur le couloir. Les mâchoires sont ouvertes, tel un piège. La peau a foncé, elle fait un bruit de feuilles sèches. Les os se sont assouplis et s’étirent comme du caoutchouc, ou s’enroulent sur eux-mêmes. La voix vibre, notes cristallines, chant mélodieux d’un au-delà ravissant. La langue s’étale contre le mur, gros morceau de viande rouge, distillant un liquide sucré dans lequel viennent s’engluer des fourmis.

Lorsque nous l’appelons, il ne se rend plus compte que c’est à lui que nous nous adressons. Pour lui dire de revenir, l’un de nous est obligé de grimper. Pour cela, il s’aide des membres noués, comme des barreaux d’une échelle, s’accroche aux mains, s’enfonce dans les berceaux de chair, glisse et ahane, cherche dans ce fouillis une oreille, et dès qu’il l’a trouvée, chuchote à l’intérieur. Mon père répond par un bruissement infini, un sursaut de toutes ses feuilles, qui pendent, accrochées à lui, comme de vieilles breloques. L’homme tente de le ramener à la raison. Il souffle par tous les trous qu’il trouve, colle l’oreille contre ce qu’il croit être la poitrine, et suffoque, pris dans des racines noueuses qui se déplacent doucement et se transforment en d’innombrables reptiles, dont avec effort il desserre l’étreinte.

Mon père a l’air bien, là haut, il nous le fait savoir à sa façon. Que l’on se débrouille sans lui.

Parfois nous sortons de la chambre et attendons qu’il veuille bien reprendre figure humaine.

(Extrait de Petit Zéphyr, en hommage à mon père, texte inédit)

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Nuages

17 Mars 2018 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

Il est de ces temps presque morts où visiter un ami cher à l'hôpital, section réa, chambre rose et tout le tintouin, appareillage de science-fiction pour le tout ou rien, il est de ces temps qui vous placent d'emblée entre ciel et terre, une couette au milieu, ça tombe bien ce sont les giboulées de mars, une couette aussi légère que de doux nuages.

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