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Le blog de Clotilde Escalle

Articles récents

Les échelles

30 Avril 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les échelles

C'est au sommet de cette échelle que le décor a trouvé son point de bascule. Ôtez le chat et le paysage chavire.

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Visite touristique

2 Avril 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Visite touristique

Catapulté là, il se demandait comment en repartir, ce que lui vaudrait cette vie de pierre. Et que faire de la rumeur qui lui prenait les tempes, de cette âme rognée à chaque photo prise de lui?

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Caoutchouc

24 Mars 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Caoutchouc

Il y avait dans ce regard artificiel, qu'elle croisait au moins une fois par jour, la réminiscence du regard de l'un de ses amis. Et qu'il soit enfermé dans cette tête, donnait à celle-ci une vie, une odeur. C'était finalement un échec pour François, pensait-elle, mélangeant les temps et les matières, d'avoir fini là, en devanture d'un salon de coiffure. Elle reconnaissait jusqu'aux cheveux, d'un noir jais, jusqu'à l'implantation imparfaite des poils de sa barbe. Et elle allait son chemin, les yeux plissés sur son passé.

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Bientôt

9 Mars 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Bientôt

Très bonne nouvelle: la parution de mon prochain roman aux Éditions du Sonneur, début 2017...

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La madone des ordures

19 Février 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

La madone des ordures

Des villes où je n'irai plus qu'avec un pincement au cœur. Topographies de lieux désormais impossibles. Sonner à une porte, retrouver les élans, les rires. Tout cela brisé. Perdu dans la terre gelée. Courir les ruelles, s'agenouiller parfois, seul signe ostentatoire d'une présence au monde - jadis, autrefois, naguère, comment dit-on encore le passé?

Des incongruités, bien évidemment. Ce sac en plastique au poignet, Simons, prêt-à-porter, que sont devenus ces vêtements? Déjà donnés? Ou alors jetés? Bien avant mon tour, avant de vider les penderies?

Et ce passé, à qui le remettre?

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Une sensation

3 Février 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Une sensation

Cette impression d'avoir toujours un témoin à ses actes ‒ une paire d'yeux, au plafond, derrière soi ‒ tout cela pour ne pas se sentir seule.

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Le corps de l'écrivain (encore et toujours)

22 Janvier 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Le corps de l'écrivain (encore et toujours)

Le corps de l’écrivain, c’est quelque chose. Le catalyseur des mots, le vecteur puissant de toutes les pulsions inconscientes, le domaine de projection du lecteur, et j’en passe. Contenu dans les pages d’un livre, il se fait ample, abandonné, ouvert à tous les possibles. On le devine, on le voudrait à soi – le lecteur est un glouton, doublé d’un voyeur. Certes, l’écrivain n’écrit pas avec ses tripes, il a du style, de l’exercice, sauf que… sans ce corps et la justesse de son instinct, il n’irait pas bien loin. Sans ce corps animal, qui passe son temps à vouloir se déterritorialiser, il ne serait qu’une pauvre cervelle (l’écrivain) pris dans son égocentrisme, en train de faire rimer paroles et raison. Il ne s’agit pas de retranscrire ses émotions, ses sensations (quoique), mais à partir de celles-ci, de prendre le large – et on ne prend le large qu’en bonne compagnie, dans l’équilibre d’une respiration – que celle-ci soit essoufflée ou au contraire apaisée. Et tout cela passe par l’expérimentation de son corps. Allongé (comme Proust), boxant ou courant, sautant en l’air, le corps se départit du contrôle que la raison voudrait lui imposer. Alors, une part de liberté advient, une soupape saute. Un peu comme chez le psychanalyste, lorsque vous avez le droit de tout dire, tout ce qui vous passe par la tête et que peu à peu vous éprouvez cette fantastique liberté d’aborder des territoires inconnus, ceci sans préjugés. L’écrivain est parfois dans l’innocence même de sa découverte, il se moque alors de savoir comment son récit sera reçu, du moment qu’il est sincère, pourvu de style, travaillant la phrase en la prenant à bras le corps. Il ouvre cet espace fou du vertige et de l’altérité – une drôle d’altérité car les règles ne sont pas forcément celles de la morale.

Le rapport au réel

Seulement voilà, l’écrivain n’a presque plus le droit de l’expérimentation et de l’imaginaire – surtout dans ce qu’ils peuvent avoir d’outrés. Il doit raconter, donner des faits, être sociétal, rapporter ce qui finalement l’encombre le plus, le fameux rapport au réel, cette dimension étriquée de l’homme pris dans les mailles du quotidien et qui ne ferait que le relever, sans même plus avoir la grâce de l’arpenteur livré à sa tâche métaphysique. De nos jours, nous avons oublié, la plupart du temps, la force du fantasme, pour une réalité ou une histoire linéaire, au développement sage, qui amincit l’écriture, l’assèche, lui donne la valeur éculée du constat. Comme une reprise de l’opinion et de la morale du tout venant. Les forêts abandonnées, les espaces en friche, les aventures du bout du monde, n’ont plus tellement cours. Et l’écrivain et son corps ne feraient plus qu’un dans la cervelle de certains. Et si l’écrivain en question fait sauter les verrous de l’érotisme, en arpentant ses paysages – il ne s’agit pas, là non plus d’un érotisme édulcoré, mais d’une façon d’être au monde –, le voilà plus que jamais réduit à un être libidineux auquel il serait judicieux (certains êtres humains sont décidément opportunistes) de faire quelques propositions salaces. Tout cela se confond si facilement dans les têtes, que l’on se demande à quelle inculture on a affaire. Et cela prête à réfléchir, à une époque où la psychanalyse devient peu à peu une sorte de lettre morte, une référence semblable aux références mythologiques. Comme si la vision de nos abîmes, les éprouver même et les regarder en face, n’avait plus cours. L’élan de liberté intellectuelle s’est réduit comme une peau de chagrin et la création qui, tout simplement, oblige à explorer les méandres de l’âme humaine, se réduit à zéro: le lecteur veut du sensationnel, de la distraction, du fait divers réinterprété, mais surtout pas de la marge, de cette marge qui tient l’écriture.

Un corps de papier

Le corps de l’écrivain, qu’il soit desséché, rampant, fait de si peu, ou au contraire ouvert à toutes les folies, de papier, projeté dans des personnages, au cours d’un processus qui n’appartient qu’à l’écrivain, ouvre un territoire aux confins ignorés. Peu de lecteurs veulent s’y aventurer. Et lorsqu’on rencontre l’écrivain, cette sorte de créature un peu folle qui a l’innocence de reprendre sa vie civile comme n’importe qui, on a pour manie de substituer à sa présence quelques passages de ses livres – vous imaginez de quoi sont peuplés les esprits quand les passages en question sont jugés salaces. On lui donne donc pour visage un érotisme qui le décale cruellement, en fait presque un être malhonnête. Un être corrompu. Car parfois les mots sont pires que les images. Une image érotique et pornographique se lit de premier abord, et facilement, tandis que lors du processus de lecture, chacun y va de ses propres fantasmes – ce qui explique cet immense malentendu d’une proximité, d’une familiarité avec l’écrivain, familiarité dont celui-ci ne se doute même pas. Comme si on ne pouvait que ressembler à ce que l’on écrit. Cette part d’inculture a toujours existé, mais elle prend de telles proportions. Peut-être, répétons-le, parce que tout regard sur soi et la compréhension des abîmes qui nous hantent sont si éloignés de nous, que nous ne pouvons que poser un regard réprobateur sur celui qui ouvre de tels abîmes et les fait surgir sous le mot.

La sexualité, surtout lorsqu’elle est traitée par des écrivains femmes – pardonnez mon peu de goût pour le mot écrivaine – est sûrement le dernier bastion à prendre, et certaines avouent employer un personnage masculin pour explorer un tel domaine, pour se mettre à l’abri des projections déplacées de la part des lecteurs avides d’autres sensations que celle de la lecture, au moment des présentations, de la rencontre physique avec l’écrivain.

Oui, le corps de l’écrivain a un goût de soufre, il est en permanence dans les têtes. Et c’est pour cette expérience-là, depuis l’écrit, que nous pouvons parfois nous sentir moins étrangers à nous-mêmes.

Clotilde Escalle

(article paru dans le Kulturissimo de janvier 2016)

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Etes-vous comme moi?

11 Janvier 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Etes-vous comme moi?

Avez-vous la sensation de perdre votre qualité citoyenne pour vous fondre dans la masse d’un peuple sans voix ?

(Toutes affaires personnelles mises à part…)

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Aventure

3 Janvier 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Ludwik Flaszen, cofondateur du Théâtre Laboratoire avec Jerzy Grotowski, et qui a été mon maître au théâtre, a publié en septembre 2015, Grotowski et compagnie, aux Editions l’Entretemps. Cette remarquable aventure me permet de le retrouver et de témoigner combien son enseignement, organique et insolite, m’a donné le goût de l’écriture, comme un voyage intérieur, aux frontières floues, parfois dangereux, mais fort de sa nécessité et de sa liberté. Le lire aujourd’hui fait un bien fou. À propos du théâtre, mais cela pourrait éventuellement s’appliquer à la littérature, il écrit: « Notre époque n’a pas de théâtre, notre époque a des représentations. Pour qu’existe le théâtre, il ne suffit pas de reproduire des représentations, faibles, convenables ou remarquables. Les époques théâtrales sont celles où on se demande : pourquoi le théâtre ? Et on y répond sans faire l’acte qui serait à la fois art du théâtre et autre chose qui le transcenderait. Les époques non théâtrales, comme la nôtre, ne se posent pas de questions fondamentales, elles tombent à genoux devant le Dieu de la Production. Elles pratiquent un art qui n’est que théâtral, sans son contraire dynamique qui est sa transgression. Et elles produisent des représentations par la force de l’inertie en se référant à des valeurs éternelles et des pratiques traditionnelles, ou à des valeurs éternelles et à des pratiques modernes, en comptant sur l’instinct de jeu, de fête et d’imitation. Il peut en sortir quelque chose : une soirée joyeuse ou émouvante, à moins que ne triomphe le service de la Parole. »

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A tous les donneurs de leçons...

16 Décembre 2015 , Rédigé par Clotilde Escalle

SAMUEL BECKETT, LETTRE À MICHEL POLAC, janvier 1952

« Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot, dont vous me faites l’honneur de donner des extraits au Club d’essai, et en même temps mes idées sur le théâtre. Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas. C’est admissible. Ce qui l’est sans doute moins, c’est d’abord, dans ces conditions, d’écrire une pièce, et ensuite, l’ayant fait, de ne pas avoir d’idées sur elle non plus. C’est malheureusement mon cas. Il n’est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s’ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce. Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l’ai écrite. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j’ai dû indiquer le peu que j’ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple. Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. Et je ne sais pas s’ils y croient ou non, les deux qui l’attendent. Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie.

Tout ce que j’ai pu savoir, je l’ai montré. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins. Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d’en voir l’intérêt. Mais ce doit être possible. Je n’y suis plus et je n’y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n’ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu’ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes ».

SAMUEL BECKETT

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