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Le blog de Clotilde Escalle

Pulsion, coulisses

28 Janvier 2011 , Rédigé par Clotilde Escalle

DR 

  J’ai grandi au Maroc, langue gutturale et viscérale. Langue éveillée depuis le fond de l’enfance et qui se réajuste sans cesse à la page, espace mouvant du rêve, de l’ailleurs, de l’équilibre finalement. Mon roman, Pulsion, a traité du départ du Maroc. Comme quelque chose d’irrémédiable. Pauline, une jeune femme, ne veut pas partir. Elle s’offre au pays, elle s’abandonne aux mains de garçons arabes, elle désire l’odeur du henné, celle du clou de girofle, les palabres, la nuit, le chant du muezzin. Elle refoule en elle les vestiges d’une colonisation qu’elle n’a pas connue. Elle est entièrement langue, pays, sans cela elle n’est rien.

Elle s’enferme nuit et jour dans un hôtel avec François. Leur désir : abolir le temps. Ils cassent les ampoules, ferment les rideaux, commandent toujours la même sorte de repas. Le directeur de l’hôtel, un Arabe, s’inquiète. Il parvient à pénétrer dans la chambre et vit cet amour de Pauline, le don de son jeune corps. Pauline s’offre au directeur. Si je peux rester, dit-elle, si vous me le permettez. Ce pays n’est pas le vôtre, répond le directeur. Un vertige saisit Pauline, François, le directeur. Le directeur est blessé. Une balle perdue. Ils le gardent dans la chambre. Le personnel n’ose intervenir pour plusieurs raisons. Au bout de quelques jours de souffrance, François se décide à l’opérer. S’ensuit une invraisemblable intervention. Torture fascinante, le corps laissé là, à demi-mort. Pauline et François s’enfuient.

Ce qui m’a étonnée : personne, aucun journaliste, alors que le livre avait reçu un excellent accueil, aucun ne s’est préoccupé de la dimension politique de ce roman. Du Protectorat, qui le hante encore, et dont Pauline tente de se dédouaner… avec lequel chacun se débat. Tabou, transgression, différentes sensibilités à taire… Encore et encore.

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