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Le blog de Clotilde Escalle
Articles récents

La verticalité du temps

11 Mars 2013 , Rédigé par Clotilde Escalle

Le temps est une drôle d’affaire. Nié, refoulé, il s’arrange pour vous revenir en plein visage, le temps d’une ride, d’un rhume, d’une naissance, d’une maladie un peu plus grave, de la convalescence, le temps d’un rien, le temps de l’ennui, tout est là, relativement interchangeable, puisque, au bout du compte, nous sommes habités par une sorte d’éternité, pour peu que nous fassions silence. Silence plein de notre essence, poumons gonflés à bloc, alors un autre temps advient. Le temps comme une jauge impensable, duquel nous sortons victorieux: le temps impalpable de l’absolu, qui se défie des visages, des rides, des âges, le temps qui nous rapproche les uns des autres. Cette énergie du temps, nous la sentons à l’œuvre partout dans la nature, elle travaille aussi nos corps. Que nous nous appelions Pierre, Paul, Marie, ou Philippe, que nous soyons de telle ou telle nationalité, nous ne sommes pourtant rien d’autre que du temps à l’œuvre. Inspiration expiration. Poumons gonflés à bloc, donc. Nous sommes tous pareils. Alors surgit le temps du rêve. Installez-vous en plein dedans, faites sauter la clôture du monde, vous y nagerez, dans le temps.

Un silence consciencieux

Le temps révèle l’intime. Fermez les yeux, tout revient au bout d’un moment, les images se réorganisent, les êtres chers se pressent sous les paupières, vous pouvez retrouver aussi votre corps d’enfant. De la perception pure: la verticalité du temps est imparable. Faire l’exercice suivant, les jours où un besoin incommensurable de tendresse se fait sentir. S’allonger et fermer les yeux. Recenser les lieux familiers, retrouver la paume douce et chaude d’un être aimé, refaire avec lui le tour du corps, le retrouver malgré l’absence, malgré la mort qui nous ôte la magie de sa présence, le retrouver tel que nous le connaissions par cœur, un sourire, une caresse, un mot, et une dynamique, quelque chose de vital tout à coup reviennent et, pour ma part, me donnent le courage de continuer. Car en vieillissant, à la différence des enfants pour qui le temps est une grande étendue horizontale, j’éprouve aujourd’hui ce temps comme un pendule ou un fil à plomb, pesant de tout son poids, et qui m’emporte dans une sorte de silence consciencieux. Un silence sage, méticuleux, à la recherche de son éternité. Vous dire par exemple que la nuit je reprends au détail près d’anciens endroits imprégnés d’une présence désormais illusoire. Tout me revient par enchantement, jusqu’à la couleur d’un tapis, jusqu’au tableau accroché à un mur, un imperméable dans l’entrée, objets qui par-delà même leur souvenir me redonnent le plaisir de sentir le temps incarné. Les couloirs défilent et tout reprend vie, avec un grain insoupçonné sous la main, des odeurs, des sourires… Surgissement prodigieux de la mémoire qui, au réveil, me donne la couleur d’un autre temps, un temps qui vient flirter avec le quotidien, et affleure sans cesse, sans pour cela me rendre triste. Il y a simplement le mystère d’être, dans une dilatation inouïe.

Mariage bis

Ne jamais finir de grandir

Ce temps-là, fondamental, on en parle peu. Il n’a plus rien à voir avec nos mesures assez absurdes, ou alors il vient se lover au creux de l’heure, dans le ciel, dans les racines noueuses d’un arbre qui auraient travaillé la pierre jusqu’à la soulever. Le temps des siècles et des siècles, dont nous portons de manière énigmatique l’empreinte. Alors, que cessent ces frontières assez vaines, celles du loisir, du travail et de la retraite. Derrière la porte close, derrière cette matérialité, derrière toutes nos revendications et nos états d’âme, derrière l’immense détresse, derrière toutes sortes d’utopies et de joies, il y a le temps qui coule dans nos veines et rend tout possible, à n’importe quel âge.

L’homme tout entier à son temps. Dire c’était moi, là ou ici, dire lui ou elle, dire tous les temps, dire ce poids du monde sur les épaules, dire le défilement des modes, des politiques, des exploits, dire les progrès, nommer toutes les extravagances… depuis notre nuit, cette nuit qui nous met dans les mêmes pas et nous fait raconter les mêmes histoires, mais à chaque fois de manière si différente, comme si depuis la grotte où l’humanité et les images se transmettent, depuis ce souffle particulier, nous devions rendre compte du temps… Au creux des veillées qui font de nous des guetteurs.

Parfois il y a des pèlerinages, des livres d’histoires qui s’ouvrent, des façons de se retourner, toujours pris par le charme, l’ivresse et la gravité d’être de tous les temps… Avec des sentinelles armées jusqu’aux dents sitôt qu’il s’agit d’intolérance et d’innommable.

Alors les silhouettes s’étoffent et se dispersent. Nous sommes en route, en marche, tous les êtres que nous rencontrons portent quelque chose de nous que nous aurions tendance à oublier, sueur et battements de cœur, nous sommes à l’épreuve du temps, ses serviteurs aussi, et de stations en stations nous n’en finissons pas de grandir.

 

(article paru dans Kulturissimo, février 2013)

 

 

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De Mémoire d'Alice à Bruxelles les 7 et 8 mars

5 Février 2013 , Rédigé par Clotilde Escalle

De Mémoire d'Alice - L'Escaut

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L'Invisible

27 Janvier 2013 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Il est une dernière personne qu’on ne reconnaît jamais parce qu’elle est constamment invisible, et c’est évidemment soi-même. Le miroir ne renvoie pas une image de celui qui s’y mire, mais une image où la droite et la gauche sont inversées par rapport à la personne réelle qui s’y voit. Il n’y a pas toujours eu de miroirs et on peut rêver d’une longue période préhistorique pendant laquelle les hommes ne se seraient effectivement jamais vus eux-mêmes et n’auraient ainsi jamais eu l’occasion d’imaginer leur propre visage, sans d’ailleurs s’en étonner ni même s’en aviser. Époque de vérité, en somme, où les hommes ne se voyaient pas mais n’avaient pas, comme aujourd’hui de multiples occasions de s’imaginer qu’ils se voient. (…) D’autre part, on sait que la première reconnaissance de soi dans le reflet d’une glace est une image de soi saisi en tant qu’un autre un peu éloigné et forcément un peu différent de soi, que l’enfant âgé d’un à deux ans perçoit néanmoins comme sa propre image, et qui est de fait l’image la plus proche qu’il aura jamais de lui. »

 

(L’invisible, Clément Rosset, Éditions de Minuit, 2012)

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Cadeau

8 Janvier 2013 , Rédigé par Clotilde Escalle

DR

 

Avec trois fois rien

Petit pot de terre cuite, pomme de pin, feuilles de clémentine, papier d’ail

Organiser tout cela

Et l’offrir à l’élue de son cœur

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Un rêve

19 Décembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

J’ai fait un rêve très léger et agréable. Je prenais ma voiture et, bien que n’ayant pas conduit depuis longtemps, je me débrouillais plutôt bien. Mais comme d’habitude dans mes rêves, et autrefois dans la réalité, je me perdais. Après mille détours j’arrivais en rase campagne sans être vraiment affolée, car, je le répète, ma conduite, malgré quelques fautes, était souple et sûre. Je garais la voiture. Une femme d’une cinquantaine d’années m’accueillit. Puis un homme encore jeune accourut et, un sourire aux lèvres, me fit monter sur ses épaules, exactement comme mon père lorsque j’étais enfant.

En me réveillant, j’ai annoncé à Paul que nous irions désormais vivre à la campagne.

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Sensations

8 Décembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DRElle y revient, encore une fois, elle y croit, aux paysages, collines et cieux rien que pour elle, et cette envie de marcher, bras tête jambes jetés en avant : elle dévore tout du décor.

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"Consolation de la Philosophie"

26 Novembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« N’espère rien, n’aie peur de rien

Et tu désarmeras ton adversaire.

Quand on est agité par la crainte ou l’espoir,

Faute d’être calme et de se contrôler

On lâche son bouclier, on abandonne son poste

Et on resserre le lien qui sert à nous traîner. »

 

(Consolation de la Philosophie, Boèce, Petite Bibliothèque Rivages, 1989)

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Des horizons multiples

10 Novembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

Parler littérature, la lire, en faire un retour de lecture intelligent, subtil, éclairé, n’est pas chose facile de nos jours. Ecrire relève d’une gageure, d’un pari risqué. D’aucuns me rétorqueront que écrire et lire ont toujours été des actes de résistance, que la réception d’un texte a toujours été difficile, souvent l’objet d’un cercle restreint, d’une élite. Voilà, le mot est jeté: „élite“. Cela suppose une habitude de la lecture, des références, une envie d’être surpris, un désir de sublimation. Tout cela nous éloigne effectivement de notre esprit moutonnier des rentrées littéraires, du dernier roman à lire, de la communication. Souvent on m’a demandé, comme si c’était possible en quelques minutes de le faire: „qu’est-ce que vous diriez de votre roman? Pour faire court, résumez-le moi“.

 

DR

 

 

La littérature est apatride

Une libraire me disait dernièrement que les enfants et les jeunes gens lisent moins car, avec tous les moyens de distraction dont ils disposent aujourd’hui, lire équivaudrait à se retirer un temps du monde, et de cela ils se privent sous peine d’exclusion de leurs groupes d’amis. C’est vrai que la lecture suppose cet abandon momentané du monde, pour entrer dans l’élaboration d’un univers complexe, et que lire peut aussi avoir affaire avec l’ennui. Tout ce qui semble nous être interdit, à une époque de zapping outré.

Pour écrire, publier, et vivre à Paris, tout en désirant préserver ma solitude, pour vivre donc en France, je sais combien il est difficile d’être un peu de nulle part. Et là où la littérature voudrait une déterritorialisation, un univers dont il faudrait découvrir les règles, il est de bon ton de cataloguer tel ou tel type de roman – autofiction notamment qui surfe dans les bons vents – tel type d’auteur ou une écriture supposée difficile, difficulté soit dit en passant due souvent au nombre de personnages, à un récit non linéaire. La littérature exige, en un certain sens, d’être apatride. Et pourtant, on aime aussi cataloguer les auteurs. Dans mon cas, du moins en France, ce n’est pas chose aisée. Il est difficile pour autrui de comprendre d’où je viens. Je suis française, certes, mais je suis née au Maroc, après le Protectorat. Je ne suis pas véritablement pied-noir, je ne me revendique pas comme telle. Et puis j’ai vécu longtemps en Espagne, au point que l’espagnol devienne une sorte de langue maternelle. Puis je suis arrivée, à l’âge de vingt-quatre ans, approximativement, en France. La France est donc un territoire d’élection. Lorsque j’y suis arrivée, en 1981, l’esprit de liberté qui y régnait m’avait fascinée.

 

Une multitude de paysages

Eh bien, quelques trente années plus tard, bien que me sentant française, avec une réception plutôt correcte de mes romans, je dois constater que l’on n’a pas encore compris – ce que j’ignore moi-même d’ailleurs en partie – la particularité de mon écriture. On a pu me reprocher d’être trop frontale, crue, dans la transgression (ce que doit être à mon sens la littérature), mais si l’on vit au Maroc, en tant que jeune femme, on est sans cesse confrontée au désir des hommes, à leurs obscénités, à ce mirage d’une sexualité qui fait peur. On m’a dit aussi que le corps dans mon écriture était sans poésie. Evidemment, mon père étant médecin au Maroc, j’ai pu voir ce que d’aucuns ne verraient dans un pays avancé, lèpre, choléra, misères au dernier stade. On m’a dit que j’avais une écriture plutôt masculine… On dit tellement de choses. Autre point, qu’il plaise ou non: au Maroc nous étions élevés dans la fascination de l’Amérique. Les voitures étaient américaines, les films américains, les paysages alentour pouvaient s’apparenter à ceux de l’Amérique. De même, l’Espagne d’alors et ses plaines sèches me donnaient des étendues à perdre le souffle, où misère, violence et grandeur, dans une outrance de paroles et de gestes, avaient un certain panache, un côté extraverti. Tout cela, et bien d’autres événements et géographies, font de mon écriture un monde rebelle à une analyse purement française, avec ses critères. J’ai l’impression alors de venir d’un continent si éloigné, que je porte mon identité française comme une entrave. C’est d’un mélange subtil de nombreux paysages que je suis faite. Et sans vouloir plonger dans l’autofiction, si je ne rentre pas dans le moule d’une certaine littérature française, je me demande quelle réception l’on peut avoir de mon travail. A une certaine époque, à la suite d’un malentendu, à la parution de l’un de mes romans, la presse m’avait rangée dans le camp des Christine Angot. Je n’ai absolument rien contre Christine Angot, nous n’avons simplement pas la même façon de procéder. Sur le conseil de mon éditeur, malgré mes réticences, j’ai surfé un temps sur ce malentendu, allant sur les chaînes de radio et de télé expliquer combien le malentendu était grand. Peu importe, cela faisait vendre. Ainsi, nous voulons toujours du spectaculaire. Aujourd’hui, la réception de la littérature se fait de plus en plus difficile, dans un monde où les éditeurs eux-mêmes sont licenciés et n’ont plus la faculté d’accompagner leurs auteurs dans ce long cheminement qu’est la littérature. Je connais nombre d’éditeurs qui souffrent de ne plus représenter leurs auteurs. J’en connais de courageux, qui bravent les tempêtes. Mais peut-être cela a-t-il toujours été ainsi…


 (article paru dans le Kulturissimo de novembre 2012, www.kulturissimo.lu)

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Signature de mon roman, Off, au Millefeuille

17 Octobre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

DR

 

Si vous avez l’occasion de passer par Clamecy, une ville qui m’est chère par sa beauté et la qualité de son accueil, une lecture et signature de mon dernier roman, Off (éditions Pierre-Guillaume de Roux), ainsi qu’une rencontre, auront lieu le samedi 3 novembre, à partir de 18h, à la librairie le Millefeuille (22 rue du Grand Marché, 03 86 24 41 18).  

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Un jour

28 Septembre 2012 , Rédigé par Clotilde Escalle

« un jour nous reprendrons la route ensemble et je nous voyais les rideaux s’écartaient un instant quelque chose là qui ne va pas et je nous entrevoyais tout ça avant le petit air oh bien avant qui nous aidions mutuellement à avancer tombions de concert et attendions dans nos bras le moment de repartir »

(Comment c’est, Samuel Beckett, Éditions de Minuit, 1975)

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