Vestiges d'une chorégraphie
Mère me déposait au cours de danse, puis elle retournait à sa colère. Potiches et costumes jetés par la fenêtre. Bureau et piano, tout y passait. Les raisons d'un tel comportement? Sa vie manquait cruellement d'érotisme.
Révélation
Il a fallu toutes ces années pour comprendre que cette mise à l'écart était une solitude vomie chaque jour. Une solitude qui m'obligeait à attendre un quelconque signe d'affection, une lettre, un appel téléphonique, une invective même. Puis ce sentiment s'est transformé en une compagnie pleine, celle de l'être au creux de soi-même, dans le silence, le temps comme un point. C'est là une belle solitude, gourmande et délicieuse à la fois.
Un plat qui se mange froid
J'ai dégusté des sortes d'écrevisses dans des vol-au-vent. Puis, avant de mourir, je me suis souvenue du plat dans lequel elle les avait servies. Elle n'avait même pas pris la peine d'enlever le prix.
Nouvelles
Ce jour-là, la rumeur donnait pour acquise la réapparition des lapins et des voleurs de tartes. Le chauffage tournait à tout va dans la maison vide. Le terrain était miné. Par chance, les framboisiers étaient intacts, et le maire avait renoncé à l'implantation d'éoliennes. Ce jour-là, si l'on s'en souvient, il faisait beau.
Heureuse trouvaille
« L’odeur de cette bouche plaît à tout le monde et on se dispute pour lui donner la becquée : mange un œuf, mange une oie, mange un aigle, mange un œuf, mange un têtard, mange un crapaud, mange un œuf, mange deux œufs, mange trois œufs et meurs comme on a appris à mourir, en tirant la langue, en levant les yeux, en tirant la jambe, en levant la queue, mange comme nous mangeons, mange comme tu mangeras, mange après avoir mangé et avant de manger, mange sans pleurer, car pleurer empêche d’avaler, mange et meurs comme nous savons mourir, en tirant la langue, en levant la queue. »
(Capolican, Eugène Savitzkaya, Editions Arcane 17, 1987)
Voracité
De la même famille, paraît-il...
Figuration
Là où le corps se détache, où le visage se fait étonnement, depuis cette grâce d'une lumière trop forte qui le surexpose à une énigme consentie, secret au bord des lèvres.
D'où je viens
« Une position convenable est celle qui permet de réunir dans le lieu du corps. Et réunir quoi ? Réunir tout ce qui est supposé faire vivre un corps, c’est-à-dire tout ce à quoi il doit être accordé, tout ce avec quoi il lui faut s’accommoder pour naître, croître et décliner. Une position assise est donc une vigilance tranquille et attentive qui met en correspondance toutes les parties qui constituent un être humain, qui s’ouvre aux autres plus proches ou plus lointains, qui accueille d’humeur égale les événements fastes ou néfastes et qui, d’accord en correspondance, se laisse investir par les diverses harmonies présentes dans le monde. Il suit de là que s’asseoir convenablement est un travail à plein temps qui n’est jamais achevé, car l’unité du corps et de l’esprit est toujours à refaire, de même que la plénitude dans l’accomplissement des tâches ou la mise en phase avec l’entourage et l’environnement. »
François Roustang (Il suffit d’un geste, Odile Jacob Poches)
Impression de tableau
Enraciné dans les noeuds de glace. Avec cette sensation des saisons. Impression de tableau. Un rite inconnu ancre les hommes.
Sixième avenue Est, rue Wellington. Volupté.
Autre chose
Difficulté à renoncer à une image. Au lieu même que cette image suscite. Quelque chose, là, pourrait bien se dérouler. La matrice d'un récit. Là. L'enfant, son désir d'être ailleurs, loin du Père, caché pour un quelconque jeu. 1 2 3 soleil...
Ou alors tout à fait autre chose, d'impensable, d'inaccessible...