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Le blog de Clotilde Escalle
Articles récents

Extrait de l’entretien avec Clotilde ESCALLE publié dans DISSONANCES #43

27 Octobre 2022 , Rédigé par Clotilde Escalle

Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?
J’écris ailleurs.

Quelle est la part de la contrainte dans votre écriture ?
La régularité et le silence.

Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?
J’emmagasine. Sans m’en rendre compte, je m’immerge jusqu’à ne plus être, sauf à vivre dans la peau de l’autre. Sinon, vie quotidienne normale, je marche beaucoup, je peins – presque uniquement des oiseaux (des visages et des pommes, plus rarement).

Qui est votre premier lecteur ?
Mon mari. Il est un bon lecteur. Tact, esprit critique.

Qu’est-ce qu’un bon éditeur ?
Quelqu’un qui vous suit et vous soutient de livre en livre. Cet espace littéraire ouvert permet d’évoluer peut-être plus vite.

Que diriez-vous à un auteur cherchant son premier éditeur ?
Être un tant soit peu sûr de son manuscrit. Il existe sûrement un éditeur pour son univers. Ne pas en espérer beaucoup, ce n’est que le début. Sauf s’il a la chance de trouver… le bon éditeur.

Quelle fut votre première grande émotion de lectrice ?
Clown, d’Henri Michaux.

Que faut-il lire de vous ?
Ce que vous voudrez.

Votre ego d’écrivaine vous gêne-t-il pour marcher ?
Qu’est-ce qu’une écrivaine ?

Qu’est-ce que la poésie ?
Un…

…suite de l’entretien dans la version papier de DISSONANCES #43

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La peinture d'Ernesto Riveiro

26 Septembre 2022 , Rédigé par Clotilde Escalle

Ernesto Riveiro au Château de Ratilly

 

 

Une peinture à l’infini

 

Clotilde Escalle

 

Le peintre argentin, Ernesto Riveiro, né en 1947 à Buenos Aires et vivant en France, est l’invité du Château de Ratilly, en Bourgogne. Ses œuvres récentes font l’objet d’une exposition exigeante, qui interroge la peinture, la démarche métaphysique de l’artiste, comme une histoire impossible à décrypter vraiment, lorsqu’il s’agit de nécessité et d’ontologie.

En entrant dans la première salle, la peinture abstraite nous invite à quelques références de principe. Le regard, le mental, ont toujours besoin de repères, avant d’abandonner la partie et de se laisser guider, de se perdre dans un univers jusque-là inconnu. Certes, il y a des ressemblances. On pense d’abord à Joan Mitchell pour ses gestes amples et sa déclinaison des signes. On pense aussi, on ne sait pourquoi, de manière presque échevelée, mais pas tant que ça, à l’écriture de Raoul Dufy, qui venait surimposer sur la couleur des lignes nerveuses. Et puis il y a également l’univers impressionniste, pour la fluidité, cette couleur qui coule dans des motifs insaisissables.

Chercher ce qui échappe

Une fois ces repères affichés, nous voilà obligés de les abandonner et d’approcher de la toile. La peinture se déploie selon des rythmes différents sur le même espace, dépouillée d’anecdotes, comme l’essence du monde. Se laisser absorber par les mouvements inverses, paradoxaux, les élans, les grilles et les caractères, la matière. Tout change, tout se meut, parfois magmas, parfois cadres, grilles débordées par ce qui se passe en dessous, tout autour d’elles. Rien ne tient en place, cette matière en perpétuel devenir dans un espace qui se déploie à l’infini est la peinture d’Ernesto Riveiro. Il en fait sa métaphysique. Une manière d’avancer dans le mystère de l’être, comme dans un monde en désordre ou en pleine gestation. De la matière qui accoucherait d’une infinité de signes sans ordonnancement possible, à part celui que le regard élabore tant bien que mal. L’anecdote est impossible, l’abstraction ne se dit pas. Elle n’est ni conceptuelle ni alignement de couleurs dans une forme plus ou moins contenue. Nous sommes ici à sa source. Tenter, malgré l’impuissance. Nous sommes proches des derniers textes, plus abstraits, de Samuel Beckett, dans son „tant bien que mal et tant mal que pis“. Tenter de dire, de montrer, sans rien raconter, saisir cette perception qui colle à la peau. Cette organicité, cet élan de vie, l’échec aussi. Jamais de beau pour du beau. Nous sommes dans l’exigence de la peinture, dans ce qu’elle convoque de silence et de contemplation, sans plus aucune référence. Nous voguons, nous flottons, parfois nous sommes ramenés à la matière sourde, par un geste, une couleur, comme une terre primitive. Alors s’élaborent des signes que le peintre lui-même ignore. Ne pas faire de beau, éviter la cohérence, chercher sans cesse ce qui échappe. Casser l’unité du tableau par des diptyques. Haut et bas indifférents. Chercher l’absolu qui bat au creux du geste, et qui poursuit indéfiniment sa quête. Couleur, espace, abécédaire, un geste qui bifurque aussitôt pour autre chose. De digression en digression, de surprises en surprises, la peinture fait son chemin, s’accompagnant parfois de trouées blanches, d’une aspiration lumineuse.

Evidemment aucun besoin de représentation. Comme une danse chamanique – l’image est facile, mais elle a le pouvoir d’invoquer des énergies supérieures –, se déploie ici-même ce qui nous constitue, la matière en fusion, tantôt menaçante, vaporeuse, séduisante dans ses couleurs, hypnotique, insondable.

Habiter le chaos

„ (…) c’est une peinture qui s’élabore sans programme, dit Ernesto Riveiro, dans un entretien accordé à Martin Pierlot, dans le catalogue édité pour l’occasion; il n’y a pas même l’idée de commencer, il n’y a pas non plus de sensations de finir.“ Et ailleurs, vraiment à la façon d’un Beckett, échouant et échouant encore, dans cette absence d’idéal qui permet d’être au plus près de soi, dans la matière et l’élan de la chair, la pulsion vitale, Ernesto Riveiro dit: „Et parfois, tout à coup, j’en ai marre; tout à coup, un éclair de lucidité: ce que je suis en train de faire en ce moment est très mauvais, un désastre!... (rires) Alors j’en arrive à démolir, à détruire. Pourquoi? Car il y a eu un enchaînement de mensonges, chaque mensonge voulant en cacher un autre… Une couche vient cacher une erreur ou une mauvaise direction, un cheminement d’une grande banalité, une direction séduisante, prometteuse. Il ne faut pas mordre à l’hameçon de ce piège.“ Chaque geste alors devient surprise, hasard, continuation d’une trame qui s’élabore comme malgré l’artiste, en dehors de lui. Cette énergie qui le traverse, effectivement, n’admet aucun mensonge. Et la pertinence d’un monde en fusion vient s’inscrire en nous, au plus profond, comme une nécessité d’habiter le chaos, chacun à sa façon.

article paru le 7 septembre dans le Tageblatt, quotidien luxembourgeois.

Ernesto Riveiro, Œuvres récentes

Jusqu’au 13 novembre 2022

Château de Ratilly

89520 Treigny

www.chateauderatilly.fr

Catalogue: Ernesto Riveiro, Œuvres récentes (Château de Ratilly, 15 €)

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Toute seule dans la revue Dissonances

14 Juin 2022 , Rédigé par Clotilde Escalle

Quatre lectures critiques de "Toute seule" dans la revue Dissonances. Un retour positif sur une écriture qui me pousse souvent à la marge. Que demander de plus ? Je remercie, pour ces éclairages particuliers et exigeants, Jean-Marc Flapp, Côme Fredaigue, Ingrid S. Kim, et Julie Proust Tanguy !
Toute seule (Quidam Editeur, octobre 2021)
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Nabil Massad

15 Avril 2022 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

L'un de mes amis les plus chers, homme d'une bonté et d'une délicatesse inouïes, nous a quittés dans la nuit de ce vendredi 15 avril 2022. Ma peine est immense. Il a été un complice de vie. Je lui ai dit au revoir longuement hier. Ce moment d'amour infini rend les actes du quotidien d'une absurdité impossible. Aimer est le plus grand don.

 

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Toute seule - Hors les pages - 1

1 Décembre 2021 , Rédigé par Clotilde Escalle

J'ai écrit Toute seule (paru en octobre 2021 chez Quidam Editeur) pour une femme rencontrée dans un village de Bourgogne. Une jeune femme aux yeux noirs, farouche, une bête blessée, à moitié édentée, belle et digne. Elle vivait alors avec un vieil homme qui peignait. Des tableaux en devanture d'un commerce désaffecté où ils vivaient, certains assez naïfs pour être beaux. Elle avait, dans sa volonté de vendre ces tableaux - vingt euros - le désir d'en vivre un peu en même temps que celui de s'en débarrasser. Un désir là aussi blessé, comme une déroute, un destin annoncé, celui d'une misère à laquelle on n'échappe pas, quoi que l'on fasse. En plus d'être née femme et de monnayer son existence par cette condition-là.

Lors d'un colloque sur l'autocensure, auquel Pierre Jourde m'avait conviée, la conclusion en avait été qu'une femme s'autocensure forcément lorsqu'elle parle de sexualité. C'est encore le cas. Soit on la revendique avec agressivité, soit on instrumentalise le propos. Françoise revient seule de la forêt, où elle fait quelques rencontres contre des poignées d'euros. A chaque rencontre, elle s'affranchit de sa condition. Jusqu'au jour où elle ira plus loin encore, s'échappant avec la force qui lui a permis de tenir tête aux événements. La poésie se mâche, elle est dans cette marche sans fin. Je suis celle qui n'a pas su tenir tête à certains regards, celle qui au nom d'une certaine folie, a su encaisser une misère au quotidien - celle d'une exclusion. Je suis celle qui fonce droit dans le langage pour en dire les écorchures, la violence des obscénités et l'imaginaire qu'elles déclenchent. Je suis celle qui parle/écrit enfin et qui sait le pouvoir de cette parole depuis si longtemps. Depuis que l'on a brûlé mes cahiers (ma mère, j'avais douze ans) et qu'on me faisait promettre de ne plus recommencer. Je savais que dans cet interdit gisait un trésor, celui de pouvoir dire, quoi qu'il en coûte. Des femmes inquiètes, apeurées, en cage. Mon travail, entre autres, consiste à les en faire sortir. Sans mode d'emploi particulier.

 

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Orazio Massaro

6 Novembre 2021 , Rédigé par Clotilde Escalle

Aujourd'hui, j'ai perdu une âme soeur. Orazio Massaro est parti le 4 novembre 2021. Mon ami depuis toujours. Depuis nos courses théâtrales effrénées à son audace, son inventivité, sa joie et sa générosité. Danseur de la Compagnie Bagouet, acteur hors pair, chorégraphe, metteur en scène, écrivain, il savait multiplier les talents, sur le fil de la vérité, dans l'exigence de l'art et de l'amour - les deux se conjuguaient avec une telle évidence pour lui. J'écrirai sur notre amitié. Il me l'a demandé, malade. Paix à son âme.

https://everybodywiki.com/Orazio_Massaro

 

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Préface de Pierre Jourde pour Toute seule (mon dernier roman paru chez Quidam éditeur, octobre 2021)

17 Octobre 2021 , Rédigé par Clotilde Escalle

Pierre Jourde m’a fait l’honneur d’écrire une préface à Toute seule, paru ce mois d’octobre 2021, chez Quidam éditeur. Je l’en remercie vivement et vous en livre un fragment.

« L’écrivain, l’artiste en fin de vie, la femme qui ne cesse de marcher pour simuler une fuite du réel, mais aussi pour le penser, véritable péripatéticienne au sens propre, pute et philosophe, constituent autant d’instances de la conscience qui se confronte au vide, et le détourne, l’oublie, l’occulte. Le vide est ce qui fait miroiter l’être. Ce scintillement fragile s’appelle le temps, la perte. La péripatéticienne, des trois, est celle qui va au plus près de ce vide, mais reste incapable de le dire. « Ontologie ou fraise tagada », dit-elle. « Ontologie ou pompe à essence. » Formules bêtes, mais celles des mystères d’Eleusis l’étaient aussi. L’être ne s’approche que de biais, dans l’insignifiance, la non-valeur. L’expérience peut coûter cher. Peu de livres en rendent compte avec une telle justesse. »

Pierre Jourde, extrait de la préface de Toute seule

 

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Toute seule

22 Août 2021 , Rédigé par Clotilde Escalle

"Toute seule", mon dernier roman, paraîtra le 1er octobre 2021, chez Quidam éditeur. Préfacé par Pierre Jourde – ce qui est un immense honneur.

 

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Les Oiseaux de traverse

20 Mai 2021 , Rédigé par Clotilde Escalle

          Clotilde Escalle

EXPOSE  du  22 mai à la mi-septembre 2021

 

« Les oiseaux de traverse »

 

 

à   La Galerie curieuse

 4, Rue du Pont - 58400 La Charité sur Loire

Ouverture les samedis et dimanches de 10h à 19h

Résultat d’image pour Logo Facebook À Copier  alice seconde life

Les Oiseaux de traverse
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Ludwik Flaszen

25 Octobre 2020 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

Ludwik Flaszen n'est plus. Immense tristesse.

Homme de théâtre, co-fondateur avec Grotowski du Théâtre Laboratoire, installé à Paris dans les années 80, dramaturge, metteur en scène, directeur d'acteur, Ludwik a su nous donner un espace infini. Celui qui ne correspond pas aux perceptions du spectateur, qui s'échappe de la paraphrase, à partir duquel tout est possible. Pour ceux qui, comme moi, dans des conditions privilégiées de travail, après de longues années sous sa direction à explorer les textes de la tragédie grecque, Shakespeare, Dostoïevski, Beckett, Michaux, ont décidé de ne pas être comédiens, Ludwik Flaszen a donné la pulsion organique, l'exigence, le dépouillement, toujours cet espace vide à partir duquel expérimenter. Notre rencontre m'a sûrement sauvée, elle m'a donné un cheminement cohérent, là où souterrainement ça grondait. Je lui en suis infiniment reconnaissante.

Paix à son âme.

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