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Le blog de Clotilde Escalle

Articles récents

Hommage à François Roustang

19 Janvier 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

François Roustang s’est éteint le 23 novembre 2016, à l’âge de 93 ans. À ceux qui voulaient l’entendre, il disait qu’il attendait la mort, que c’était la seule échappée, ceci avec un sourire, en vous regardant droit dans les yeux. Il pouvait ajouter: ça suffit à présent. Ancien jésuite, philosophe, psychanalyste, hypnothérapeute, ses écrits interrogent les mystères de l’être humain. Ayant connu Lacan, il s’est détourné de la psychanalyse lorsqu’il a compris la dépendance qui s’exerçait entre patient et analyste, notamment dans le contre-transfert souvent tu, et qui a pour conséquence l’aliénation psychique du patient qui ne sait comment s’en sortir sans rejouer à l’infini des conflits anciens, ceci avec la complaisance de l’analyste. François Roustang désirait s’échapper de tous les carcans.

 

L’ampleur de l’existence

Il m’est arrivé d’aller le voir comme on consulte un sage, un maître, dans la philosophie orientale. Pour la qualité du silence et l’ampleur de l’existence, une existence redonnée comme un espace hors temps, dans un instinct de vie qui ouvre l’être à ce qu’il a de plus intuitif et de plus animal. Si l’on sait faire jouer son instinct, „alors on ne se prend plus les pieds dans le même tapis“, c’était son expression. En une séance il vous redonnait le monde, à condition de ne plus interroger vainement un passé tourné dans tous les sens, éculé. Il vous rendait en même temps à la lumière, à votre condition de mortel. Cette mort que nous voulons fuir et qui tôt ou tard nous rattrapera, il était essentiel que nous la regardions en face pour vivre dignement, dans le désir, sans discours égocentrique. Pour cela, s’asseoir dans un fauteuil et attendre avec lui que le quotidien se dénoue, dans cette hypnose qui tient de la transe, le mot fait peur alors qu’il ne recouvre que cet espace où l’on ne pense plus, ne parle plus, offert à une distance silencieuse qui nous redonne le fil de nos actes, des images de nous-mêmes comme un petit théâtre d’ombres dont il serait sain de s’éloigner. En une séance vous saviez ce qui était faux en vous, qui sonnait mal, et qui vous déroutait. J’ai vu François Roustang comme cela, environ une fois par an, pendant une dizaine d’années. Et deux mois avant sa mort, je lui disais combien sa démarche n’avait rien à voir avec celle des autres hypnothérapeutes. Il s’agissait d’être avec l’autre, dans un échange et un abandon sans commune mesure. Il me donnait la force vitale, à la condition de ne jamais me complaire dans le malheur ou l’exercice narcissique du bonheur. Savoir se réjouir, certes, mais avec ce regard posé sur l’infini, au lieu de se perdre dans les méandres d’un quotidien étriqué.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je lui dois également la formule „faire sauter la clôture du monde“, pas mal non comme thème de séance. Et c’est depuis ce fauteuil où je m’oubliais, chez lui, dans le silence et une certaine torpeur, que je retissais ma vie, refaisais le monde, ce monde dans lequel les gens qui venaient le voir prenaient une place juste, apaisée et vigilante.

 

Bon voyage!

François Roustang disait faire acte politique à sa manière, pour cette place juste que les patients s’assignaient dans le silence, éclairés par leur conscience. Car regarder la mort en face nous oblige à être sans concessions et, disait-il aussi, „d’une solitude absolue„. Ce qui ne nous empêche pas, bien au contraire, de rire et de danser, toute chose étant par nature éphémère. L’être humain a un fort pouvoir de digestion, cette vie qu’il digère en permanence, il ne faut pas l’entraver. Et si vous vous redressiez dans le fauteuil, si vous releviez la tête ou si vous vous détendiez, c’était le geste juste qui advenait physiquement et qui vous replaçait avec une belle évidence dans la vie. Tête haute, poitrine ouverte, décontracté.

François Roustang, sur le seuil, la dernière fois que je l’ai vu, m’a saluée d’un „bon voyage!“, qui signifiait ce temps que je vivrai en usant d’instinct. N’a-t-il pas écrit: „(…) plus le solitaire se libère des liens présents, figés par les habitudes, c’est-à-dire plus il ose l’indépendance à l’égard de toutes ses certitudes ou plus il s’isole dans le vide de l’incertitude, plus alors il permet à la multitude des liens nouveaux de se faire jour. Il devient participant de la vie qui rejette ce qui est mort pour se frayer un passage vers le futur. La vie qu’il connaît alors se remplit des connexions qui l’envahissent; il y participe et, par là même, il les produit. “ (François Roustang, Il suffit d’un geste, éditions Odile Jacob, octobre 2004) Vous voyez, surtout à notre époque, de quel acte citoyen cela relève. Cesser d’être aliénés et établir nous-mêmes les liens qui nous intéressent!

François Roustang était un chaman des temps modernes, selon une philosophie orientale que nous avons délaissée et qui nous redonne l’individu dans son contexte, hors religion, entre ciel et terre. François Roustang m’a appris la puissance d’affirmation du désir, la force de l’instant présent. Et à mon tour, avec cette belle ampleur qu’il m’a apprise, en l’en remerciant, je lui souhaite un „bon voyage“!

 

Clotilde Escalle

(article paru dans le Kulturissimo du mois de janvier 2017)

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Voyage ordinaire en Sévétie

17 Décembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Temps immobile pétrifié suspendu. Il y a tellement de façons de dire l’éternité cette peur de l’éternité parallèles qui ne se rejoignent jamais à l’infini dit-on sans comprendre sans jamais comprendre. Elle soupire à en arracher le plafond. C’est beau y’a pas à dire c’est beau surtout si en poésie on remplace ce maudit plafond par cette maudite voûte céleste et que l’on se prend à guetter une étoile filante. Soupir. Sauf que je ne sais pas de quelle voix il s’agit toujours pas comment m’en distraire. Même si je dis elle et que c’est elle qui soupire. Cette mélancolie cette nostalgie de la pierre tombale des cimetières qui débordent des collines pas de murets pour contenir les tombes elles poussent en Afrique sous les pas des hommes. S’emplir la bouche de la terre des mots des mots des cadavres des ci-gît urbains campagnards rupestres montagnards des ci-gît des grottes des troglodytes des hauteurs inacceptables des trous perdus et des patrimoines de l’Unesco ça gît partout de toute façon à Venise les canaux en été débordent des ci-gît l’hiver ils sont pétrifiés. Et j’allais jetant de mes phrases vaines des passerelles entre les jours. Indigestion. Intoxication des menus touristiques. La soif de découvrir. Emmène-moi en voyage mon chéri. Nul endroit où se cacher où disparaître où laisser la boîte osseuse et dire ah bon lui elle qu’importe berk berk berk je ne sais pas exactement d’où cette voix m’est venue qui enfle par tout le corps excrète ses humeurs ses envies ses odeurs autant de parfums d’un nulle part à conquérir.

 

(Clotilde Escalle, Voyage ordinaire en Sévétie, préface Lionel-Edouard Martin, Gwen Catalá Editeur, 2016)

 

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Heureusement

6 Décembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les mouches s'étaient réfugiées dans la salle de bain, pièce à la lumière fixe. Et leur bourdonnement semblait lutter contre la masse silencieuse de la maison. Des fantômes glissaient dans les couloirs, lui emplissaient la bouche. Heureusement, dans cette maison isolée, la nuit, il y avait les mouches.

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François Roustang

24 Novembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Parce que c'était lui... et parce que c'est moi...

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L'homme calcaire

14 Novembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Beauté de l'homme calcaire, de sa présence paradoxale, puissante et frêle à la fois, des os sous les notes de chair. Lionel-Edouard Martin nous ramène aux lèvres une légende, le souffle du temps, pour dire ce calcaire qui nous enserre. Pris dans la cage, pendant que ça mâche, vit, remue. C'est magnifique.

"Parce que, vois-tu, quand tu meurs, ce qui demeure de toi, c'est ce système d'ossements couchés dans la tombe, près des pierres souterraines, donc, en une sorte de continuité de substance, pour sans doute plus de simplicité dans l'ordre de la mort, tout os ayant puissance de pierre dans le lent mijotage de la terre et du temps - ce qu'on appelle fossilisation, qui demande des milliers et des milliers d'années pour aboutir." (Lionel-Edouard Martin, Lettre ouverte à l'homme calcaire, Le Réalgar, septembre 2016)

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Collines

22 Octobre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Et c'est ainsi qu'il resta sur le seuil, pétrifié, complètement inutile. Cet instant de sidération dura quelques minutes, avant qu'il ne reprît sa marche à travers les collines.

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Perdre le nord

7 Octobre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Perdre le nord

Et le voici qui, comme d'habitude, annonce la tempête par sa frêle présence contre le ciel, et menace de s'envoler en même temps qu'elle s'abattra sur le village. Histoire de bien faire comprendre que tout le monde ici a perdu le nord.

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Simplement

29 Septembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Simplement

Simplement un dessin d’enfant…

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Fruits de mer

19 Septembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Fruits de mer

Aux forteresses, elle a toujours préféré la mer et ses mirages, une mer loin des naufragés et des poumons d'écume. Du sable pour des pieds potelés et des châteaux... Il y a ceux qui se reposent, les autres qui nettoient les ponts des bateaux à grandes eaux savonneuses, et plus loin encore, on ne peut pas les voir d'ici, des grappes d'humains sur des radeaux de l'Apocalypse. Et comme il faut un petit air de fête, il y a de la musique, un chanteur qui déraille, les tubes des années heureuses... Toute cette guimauve autour d'un plat de fruits de mer. Oui, elle préfère la mer aux villes fortifiées et aux montagnes, pour ces pas de danse qui vont toujours tout de travers. Elle, c'est Françoise. Je m'appelle Françoise, dit-elle à un inconnu, dents de travers sur un sourire niais, qui s'avance vers elle pour l'inviter à danser. Et vous?

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Fête

10 Septembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Fête

Il fallait être sacrément de bonne humeur pour s'émerveiller de ces petites fleurs de papier confectionnées par les vieilles du coin. Fête de l'année. Quelques bricoles à vendre et puis cette chaleur qui fait trembler l'air... Et elle, perdue, se demandant une fois de plus comment sortir du décor. Mais pour aller où?

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