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Le blog de Clotilde Escalle

Articles récents

Mon petit lapin

5 Août 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

Il faut avoir le sens du détail, de la mise en place, une âme d'artiste, pour survivre dans la région. Espérer qu'on le remarque, n'importe qui, jeunes, vieux, un homme, une femme, n'importe quel passant. Quelques minutes d'une satisfaction égoïste. Un vide-grenier est une occasion comme une autre. La mise en espace comme mise en abyme du temps. C'est ce qu'il s'est dit, au petit matin, en arrangeant son stand. Et quelqu'un l'a vu... le petit lapin au crucifix!

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Un trio formidable

23 Juillet 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

Mon père me gâtait. Nous étions joyeux, au cœur des fêtes populaires. Il partait d'un grand éclat de rire, notre liesse remontait à la nuit des temps. Il nous en fallait peu, un refrain, une barbe à papa, des illustrés, et ses grandes mains. D'immenses mains où cacher mes joues, mon enfance. Dans ces mains-là, se cachait également mon grand frère.

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Par exemple

2 Juin 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

Des espaces qu'il s'agirait de ne pas rouvrir sous peine d'une émotion trop grande. Là-dedans l'Afrique, des étreintes, une chaleur suffocante, et ces spectres que sont père et mère. Là-dedans les miroitements de l'eau au fond de la piscine - yeux grand ouverts, bulles qui s'échappent - le reflet du papier d'argent, et les routes, les routes pour venir jusqu'ici. Par exemple...

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"Le monde a changé"

7 Mai 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

« Le monde change sous nos yeux : il n’y a pas à le retenir, mais à le tenir ferme, chaleureux, solidaire. C’est faisable – et ce ne sont pas des mots. Il arrivera bien un moment où il ne s’agira plus de regrouper ceux-ci ou de s’en souvenir, mais de les muer en actions, en combat.

Non que je veuille absolument qu’ils remplacent alors les livres ou les articles, qui restent nécessaires. Mais si je n’avais qu’une seule prière à faire (en ces temps de laïcité, la formule est audacieuse), c’est que journaux et médias fassent silence. Un peu de silence : les avis de tous les experts, savants, apprentis philosophes, gentils garçons, gentilles filles, personnes bien intentionnées développent de l’anxiété. Un brouillard envahit les pensées. Je vois bien la contradiction : demander du silence à l’information, c’est un non-sens, une folie. Je rêve pourtant de trouver un jour dans un journal une page blanche, indemne de tout propos. Juste pour souffler, réfléchir par moi-même, avant de retomber dans le tumulte et le chaos où découvrir des sentiers et des routes de vérité semble quasi impossible. »

 

Arlette Farge, Il me faut te dire, collection Ce que la vie signifie pour moi, Éditions du Sonneur, janvier 2017

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R.F.

29 Avril 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

Besoin d’un espace plus vaste. C’est entendu ?

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Contes à rebours

26 Mars 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

Encore des oiseaux et du givre, pour nous faire croire à la grâce des contes.

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Signature au Salon du Livre le 25 mars 2017 à partir de 16h

19 Mars 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

« Et puis je reviens à la surface, toute seule. Oui, oui, vous avez raison, je m’appelle Caroline Lambert. Je vais parfaitement bien, je vais pouvoir reprendre mes lectures, mon écriture, mes petites manies. Et puis je voudrais ne plus jamais sortir d’ici. Du moins pas avant que j’aie fini de confectionner ma robe de mariée avec le drap de ma première nuit à l’asile. Fil à fil je le défais. Fil à fil je broderai ma robe. Une robe ajourée, aussi légère qu’un rêve, pour un grand amour de princesse. Fil à fil, courbée sur l’ouvrage, au calme de la chambre. C’est un secret que je partage pour l’instant uniquement avec le médecin. Fil à fil, cette robe effacera toutes les méprises, me rendra neuve, follement éprise. À la fin de cet ouvrage – fil à fil – je me coucherai, mariée, dans mon lit. Il n’y a aucune urgence, aucun drame. »

Extrait de Mangés par la terre, Éditions du Sonneur (sous la direction de Marc Villemain, mars 2017)

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Hommage à François Roustang

19 Janvier 2017 , Rédigé par Clotilde Escalle

 

François Roustang s’est éteint le 23 novembre 2016, à l’âge de 93 ans. À ceux qui voulaient l’entendre, il disait qu’il attendait la mort, que c’était la seule échappée, ceci avec un sourire, en vous regardant droit dans les yeux. Il pouvait ajouter: ça suffit à présent. Ancien jésuite, philosophe, psychanalyste, hypnothérapeute, ses écrits interrogent les mystères de l’être humain. Ayant connu Lacan, il s’est détourné de la psychanalyse lorsqu’il a compris la dépendance qui s’exerçait entre patient et analyste, notamment dans le contre-transfert souvent tu, et qui a pour conséquence l’aliénation psychique du patient qui ne sait comment s’en sortir sans rejouer à l’infini des conflits anciens, ceci avec la complaisance de l’analyste. François Roustang désirait s’échapper de tous les carcans.

 

L’ampleur de l’existence

Il m’est arrivé d’aller le voir comme on consulte un sage, un maître, dans la philosophie orientale. Pour la qualité du silence et l’ampleur de l’existence, une existence redonnée comme un espace hors temps, dans un instinct de vie qui ouvre l’être à ce qu’il a de plus intuitif et de plus animal. Si l’on sait faire jouer son instinct, „alors on ne se prend plus les pieds dans le même tapis“, c’était son expression. En une séance il vous redonnait le monde, à condition de ne plus interroger vainement un passé tourné dans tous les sens, éculé. Il vous rendait en même temps à la lumière, à votre condition de mortel. Cette mort que nous voulons fuir et qui tôt ou tard nous rattrapera, il était essentiel que nous la regardions en face pour vivre dignement, dans le désir, sans discours égocentrique. Pour cela, s’asseoir dans un fauteuil et attendre avec lui que le quotidien se dénoue, dans cette hypnose qui tient de la transe, le mot fait peur alors qu’il ne recouvre que cet espace où l’on ne pense plus, ne parle plus, offert à une distance silencieuse qui nous redonne le fil de nos actes, des images de nous-mêmes comme un petit théâtre d’ombres dont il serait sain de s’éloigner. En une séance vous saviez ce qui était faux en vous, qui sonnait mal, et qui vous déroutait. J’ai vu François Roustang comme cela, environ une fois par an, pendant une dizaine d’années. Et deux mois avant sa mort, je lui disais combien sa démarche n’avait rien à voir avec celle des autres hypnothérapeutes. Il s’agissait d’être avec l’autre, dans un échange et un abandon sans commune mesure. Il me donnait la force vitale, à la condition de ne jamais me complaire dans le malheur ou l’exercice narcissique du bonheur. Savoir se réjouir, certes, mais avec ce regard posé sur l’infini, au lieu de se perdre dans les méandres d’un quotidien étriqué.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je lui dois également la formule „faire sauter la clôture du monde“, pas mal non comme thème de séance. Et c’est depuis ce fauteuil où je m’oubliais, chez lui, dans le silence et une certaine torpeur, que je retissais ma vie, refaisais le monde, ce monde dans lequel les gens qui venaient le voir prenaient une place juste, apaisée et vigilante.

 

Bon voyage!

François Roustang disait faire acte politique à sa manière, pour cette place juste que les patients s’assignaient dans le silence, éclairés par leur conscience. Car regarder la mort en face nous oblige à être sans concessions et, disait-il aussi, „d’une solitude absolue„. Ce qui ne nous empêche pas, bien au contraire, de rire et de danser, toute chose étant par nature éphémère. L’être humain a un fort pouvoir de digestion, cette vie qu’il digère en permanence, il ne faut pas l’entraver. Et si vous vous redressiez dans le fauteuil, si vous releviez la tête ou si vous vous détendiez, c’était le geste juste qui advenait physiquement et qui vous replaçait avec une belle évidence dans la vie. Tête haute, poitrine ouverte, décontracté.

François Roustang, sur le seuil, la dernière fois que je l’ai vu, m’a saluée d’un „bon voyage!“, qui signifiait ce temps que je vivrai en usant d’instinct. N’a-t-il pas écrit: „(…) plus le solitaire se libère des liens présents, figés par les habitudes, c’est-à-dire plus il ose l’indépendance à l’égard de toutes ses certitudes ou plus il s’isole dans le vide de l’incertitude, plus alors il permet à la multitude des liens nouveaux de se faire jour. Il devient participant de la vie qui rejette ce qui est mort pour se frayer un passage vers le futur. La vie qu’il connaît alors se remplit des connexions qui l’envahissent; il y participe et, par là même, il les produit. “ (François Roustang, Il suffit d’un geste, éditions Odile Jacob, octobre 2004) Vous voyez, surtout à notre époque, de quel acte citoyen cela relève. Cesser d’être aliénés et établir nous-mêmes les liens qui nous intéressent!

François Roustang était un chaman des temps modernes, selon une philosophie orientale que nous avons délaissée et qui nous redonne l’individu dans son contexte, hors religion, entre ciel et terre. François Roustang m’a appris la puissance d’affirmation du désir, la force de l’instant présent. Et à mon tour, avec cette belle ampleur qu’il m’a apprise, en l’en remerciant, je lui souhaite un „bon voyage“!

 

Clotilde Escalle

(article paru dans le Kulturissimo du mois de janvier 2017)

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Voyage ordinaire en Sévétie

17 Décembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Temps immobile pétrifié suspendu. Il y a tellement de façons de dire l’éternité cette peur de l’éternité parallèles qui ne se rejoignent jamais à l’infini dit-on sans comprendre sans jamais comprendre. Elle soupire à en arracher le plafond. C’est beau y’a pas à dire c’est beau surtout si en poésie on remplace ce maudit plafond par cette maudite voûte céleste et que l’on se prend à guetter une étoile filante. Soupir. Sauf que je ne sais pas de quelle voix il s’agit toujours pas comment m’en distraire. Même si je dis elle et que c’est elle qui soupire. Cette mélancolie cette nostalgie de la pierre tombale des cimetières qui débordent des collines pas de murets pour contenir les tombes elles poussent en Afrique sous les pas des hommes. S’emplir la bouche de la terre des mots des mots des cadavres des ci-gît urbains campagnards rupestres montagnards des ci-gît des grottes des troglodytes des hauteurs inacceptables des trous perdus et des patrimoines de l’Unesco ça gît partout de toute façon à Venise les canaux en été débordent des ci-gît l’hiver ils sont pétrifiés. Et j’allais jetant de mes phrases vaines des passerelles entre les jours. Indigestion. Intoxication des menus touristiques. La soif de découvrir. Emmène-moi en voyage mon chéri. Nul endroit où se cacher où disparaître où laisser la boîte osseuse et dire ah bon lui elle qu’importe berk berk berk je ne sais pas exactement d’où cette voix m’est venue qui enfle par tout le corps excrète ses humeurs ses envies ses odeurs autant de parfums d’un nulle part à conquérir.

 

(Clotilde Escalle, Voyage ordinaire en Sévétie, préface Lionel-Edouard Martin, Gwen Catalá Editeur, 2016)

 

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Heureusement

6 Décembre 2016 , Rédigé par Clotilde Escalle

Les mouches s'étaient réfugiées dans la salle de bain, pièce à la lumière fixe. Et leur bourdonnement semblait lutter contre la masse silencieuse de la maison. Des fantômes glissaient dans les couloirs, lui emplissaient la bouche. Heureusement, dans cette maison isolée, la nuit, il y avait les mouches.

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